lundi 10 octobre 2016

LE LOUP, UNE MÉTAPHORE PLUS QU’UN ANIMAL DANS LE NT (ANALYSE DE MT 7.15 ; ACT 20.29)



Peu d’animaux pourraient disputer au loup le triste privilège d’inspirer tant de haine et de frayeur, jusqu’à notre époque où il est caricaturé comme un animal cruel et bien souvent considéré comme inutile à l’homme. Dans l’imaginaire collectif, le loup n’a jamais eu très bonne réputation et a bien trop souvent été pris en partie par des bergers soucieux de protéger leur troupeau. Cette exagération des faits,  associée à une image monstrueuse de l'animal,  a fait de lui un symbole, le symbole du mal. En effet, le loup est resté au fil des siècles un animal défini par les traits comportementaux de son espèce.

     Ceci illustre combien l’essence imaginaire et symbolique d’une peur du loup se perpétue[1]. Cette image, d'abord véhiculée par les mythes et les légendes, s’est progressivement ancrée dans la tradition biblique. Ainsi, étudier la métaphorisation du loup dans la Bible n’est pas vain. Il nous aide à mieux percevoir pourquoi elle revêt une connotation symbolique particulière.   

     Il s’agit de comprendre dans cette étude pourquoi ce personnage du loup est si présent dans la littérature biblique et  pourquoi le stéréotype du loup persiste dans l’Église aujourd’hui. Autrement dit, pourquoi le loup est-il un animal si présent dans la Bible ?
     En réponse, divers traits de caractères d’anthropomorphisation du loup dans la Bible seront évoqués. Ils permettront de montrer les différents stéréotypes du loup dans la Bible. Plus particulièrement, nous nous intéresserons à l’archétype du mal et aux vices représentés par la symbolisation de cet animal.
     Pour ce faire, afin de mieux étayer cette étude,  deux passages (Mt 7.15 ; Ac 20.19)  serviront de supports textuels à notre réflexion. Mais avant d’analyser le personnage animal dans les deux péricopes retenues, nous jetterons un coup d’oeil dans l’AT afin de percevoir comment l’image du loup est définie. Certes, chaque lecteur de la Bible a sa propre vision de ce personnage du loup induite par ses références culturelles, ses expériences personnelles : ainsi un chrétien devra avoir le stéréotype du loup correspondant à sa vision chrétienne. 

Le loup, l’archétype du mal et des vices dans l’AT

     Il convient de rappeler que la Bible nomme le loup une quinzaine de fois, mais toujours dans des comparaisons et jamais dans un récit ou une description concernant au sens propre un ou plusieurs loups. Elle y voit un emblème de destruction (Jér 5.6), de férocité (Ge 49.27 ; Ez 22.27), un fléau du soir (Hab 1.8 ; Sop 3.3) ; déjà dans Es 11.6 ; 65.25) et dans le Siracide (Sir 13.17), comme dans Esope, Phèdre et La Fontaine, loup et agneau sont le type du brigand et de la victime. 

     C’est aussi par antithèse entre loups et agneaux (ou brebis) que le loup apparaît comme un symbole de voracité et cruauté, motivé par son appétit. Cette représentation reçoit l’appui de Jésus qui met en contraste la violence meurtrière du monde comme des loups et la patiente fidélité qu’il attend de ses disciples comme des agneaux (Lc 10.3 ; Mt 10.10). 

     Dans le livre de Genèse[2], Jacob bénit Benjamin ainsi : « Beniamin lupus rapax ; mane comedat praedam et uespere diuidet spolia[3] ». Le loup symbolise ainsi la figure biblique de la rapacité. 

     Dans d’autres passages de l’AT, le loup renvoie aux dirigeants sans pitié qui dépouillent leurs sujets[4]. Il en est de même pour les chefs religieux. Faux Semblant, certains se déguisent en religieux en affirmant que l’apparence de la pureté rend plus aisée la mise en œuvre de crimes qui ont pour but de satisfaire les pulsions de domination et de possession matérielle et sexuelle. C’est cette identification avec l’avarice et la satisfaction des désirs qui les pousse à se faire – métaphoriquement – loup. La signification symbolique du loup dans l’AT, son association avec la cruauté et l’appétit et ses liens avec l’hypocrisie, donnent tout son poids au choix de cette image pour représenter le religieux hypocrite, ou, pour être plus précis, pour représenter l’hypocrisie-en-vêtements-de-religieux.

     Plus tard, la permanence de cette image traditionnelle du loup au Moyen Âge sera également  attestée par une citation de Grégoire le Grand dans la Summa theologiae de Thomas d’Aquin : « Dicit enim Gregorius, in quadam homilia, lupus super oues uenit, cum quilibet iniustus et raptor fideles quosque atque humiles opprimit [5]».  Ce qui est frappant c’est que cette  métaphorisation rejoint la menace que, sous des vêtements et des paroles raffinés, l’homme ne soit que trop semblable aux animaux. Cette similitude n’apparente pas l’homme à n’importe quelles bêtes, mais aux loups cruels et rapaces, aux « loups ravissables ». C’est ainsi que, plus tard, Calvin retourne la métaphore en commentant la conversion du persécuteur Saül, retourné lui-même par la grâce de Dieu en arrivant à Damas : « Dieu ne serre point la gueule de ce loup affamé et enragé, sinon à l’entrée même de la bergerie…Cet ennemi mortel de Christ, non seulement de loup est converti en brebis, mais est devenu pasteur. » (Commentaire sur Ac 9. 1, 5). Le Pseudépigraphe Esdras (5.18) dit : « Lève-toi, ne nous abandonne pas comme un berger qui laisse son troupeau entre les pattes des loups méchants ».

     Toutes ces citations pourraient faire croire que le loup menace seulement les animaux, sans attaquer à l’homme ; mais l’allégorie de Jésus dans Jn 10. 1,16, dirigée elle aussi contre les chefs d’Israël, brigands et voleurs, égorgeurs et destructeurs, mercenaires et finalement lâches déserteurs devant le loup (Jn 10.8, 10-12) et ss) évoque le bon Berger lui-même qui, pour la vie de ses brebis, « donne sa propre vie » (Jn 10.11).

     De cette manière, l’identification à un loup  semble s’être imposée comme l’un des stéréotypes de la tradition biblique destinée aux croyants. Cette identification  permet de dénoncer de manière très forte le comportement déviant de l’homme, notamment le prétendu religieux. Ainsi, le lecteur est invité à mieux identifier les déviants afin d’être amené  à une compréhension plus efficace des textes bibliques les mentionnant. C’est dire que les traits d’animalité au niveau physique demeurent, mais au niveau comportemental, l’animal est plus proche de l’humain et parfois même plus humain que ne l’est en réalité l’homme.  Ainsi, nous essayerons d’étudier les deux textes bibliques pour voir comment le loup se décline en divers personnages archétypaux. 
 
Les stéréotypes du  loup dans le NT

1.      Les loups déguisés en prophète  (Mt 7.15)

« Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. »

     Les “faux prophètes”  dénoncés ici sont l'une des réalités les plus ténébreuses révélées tout au long des Ecritures. Ce sont les loups ravisseurs, des tueurs d'âmes. Leur force réside dans leur capacité à se présenter comme d’innocentes brebis. Si vous les regardez au milieu d’un troupeau, ils ressemblent exactement à toutes les autres brebis. À moins d’avoir été mis au courant de leur présence, vous n’auriez jamais soupçonné que certaines brebis sont en réalité de dangereux loups. Il est à souligner que  l’enseignement de Jésus est placé juste après celui de “la porte étroite”, où Jésus prévient que peu d'appelés trouvent cette porte qui est l'adhésion à la Parole manifestée de l'heure. La mise en garde contre les “faux prophètes” qui empêchent d'arriver à cette “porte” trouve ici naturellement sa place. Mais qui sont ces « loups ravisseurs » déguisés en prophètes ? 

     1.  Ce sont des hommes qui prétendent parler de la part de Dieu en dénaturant la vérité, et en s'opposant à elle. Ils sont la voix de Satan sortant de la bouche des hommes. Ils sont des anges-messagers des ténèbres. Ils font partie, comme les “faux docteurs”, de la famille des “faux oints” (ou “faux christs”), car ils sont sous une onction permise par Dieu mais mensongère.

     2. Le danger des “faux prophètes” vient de leur capacité de séduction. Cet attribut s'est manifesté pour la première fois en Eden, et Eve est tombée à cause de cette voix. Pire encore, elle est devenue “faux prophète” à son tour auprès d'Adam. Le mensonge des “faux prophètes” n'est pas grossier, au point qu'il pourrait presque séduire tous les chrétiens.  Les “faux prophètes” ont l'apparence de la vérité et prétendent défendre l'orthodoxie. Par exemple, Caïn était aussi religieux qu'Abel, mais son sacrifice qui reniait le sang était une fausse prophétie. Tout son clan, exilé en terre de Nod  « vagabond », l'a suivi dans son errance. Comme Nadab et Abihu, deux des fils d'Aaron, qui sont des “faux prophètes” introduisant un feu étranger qui ressemble au vrai feu (Lév. 10:1).  Balaam prophétisait au Nom de l'Eternel, mais il a voulu souiller Israël par l'hybridation.  Les pharisiens souillaient les Ecritures en les hybridant avec la tradition des hommes.  Aux temps apostoliques, les “faux prophètes” brandissaient l'AT pour imposer, au nom de Dieu, la circoncision ((I Co 7:19 ; Rm 2:28-29 ; Ga 5:1-2 et 4).

     3. Les “faux prophètes” disent conduire les croyants vers la “porte étroite” et vers le “chemin resserré”, mais, comme des loups trompeurs, ils les dirigent vers la “porte large” et le “chemin spacieux” qui mènent à la fosse. Ils sont les ministres du Serpent et arrivent à se séduire eux-mêmes  Pierre est devenu un instant une “fausse voix” (Mt. 16:23), mais il n'était pas un “faux prophète” car il avait adhéré de cœur à la Parole faite chair, et celle-ci a pu l'éclairer et le délivrer.  Inversement, Caïphe a énoncé une “vraie prophétie”, mais il était un “faux prophète” car il avait rejeté le Verbe confirmé de son heure.

     Ainsi le Seigneur Jésus nous fait cette mise en garde : ce qui ressemble à une brebis n’est pas nécessairement une brebis. Les apparences peuvent parfois être trompeuses. Comme vous le savez, la brebis représente souvent le croyant dans la Bible. Lorsque Jésus affirme que les faux prophètes ressemblent à des brebis, il faut comprendre que ceux-ci ressemblent, de l’extérieur, aux chrétiens. Ils font tout ce qu’un chrétien fait. Ils parlent comme les chrétiens et ils agissent comme les chrétiens. À l’église, on les accepte et on les écoute. Au final, un “faux prophète” est d'autant plus dangereux que son apparence respire la piété.

     Nous percevons maintenant toute la portée des paroles de Jésus. Les ennemis se trouvant à l’extérieur de l’église sont beaucoup moins à craindre que ceux ayant réussi à se dissimuler dans l’église. En effet, il est plus facile pour le berger de prendre soin de son troupeau lorsque le loup est à l’extérieur de l’enclos. Si le loup parvient à se cacher parmi les brebis en se déguisant comme une brebis, le berger ne se doutera pas tout de suite de sa présence. Malheureusement, le loup a alors tout le temps qu’il lui faut pour se régaler de quelques brebis avant qu’on s’occupe de lui. Mais un tort irréparable aura déjà été fait au troupeau. C’est pourquoi il est d’une importance capitale pour le bien-être de l’église de savoir identifier ces faux prophètes le plus tôt possible. Ceci limitera les dommages qu’ils pourraient causer. 

     Cela dit,  nous constaterons qu’il y a un lien étroit entre ce passage (Matthieu 7.15) et celui que Paul utilise pour mettre en garde l’Église d’Éphèse contre les faux prophètes en Actes 20. 29.

2.      Les « loups cruels »  comme adversaires de l’Évangile (Actes 20.29)

« Je sais qu'il s'introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n'épargneront pas le troupeau,… »

     La métaphore  « loups cruels » évoquée par Paul sur un ton prédictif, se donne comme identification des adversaires de l’Évangile. La projection de la figure des adversaires de l’Évangile dans la métaphore « des loups cruels » détermine d’abord les actions dévastatrices qu’ils pourront commettre dans la bergerie. Puisque les évêques sont chargés de la garde d’un troupeau (v. 28), le terme exhortatif « soyez vigilants sur… tout le troupeau » revêt une importance indéniable. Car, le troupeau est indubitablement menacé par ces « loups cruels»[6]. 

     Dans l’Ancien Testament, la férocité des « loups » caractérise, comme nous l’avons dit ci-haut,  les mauvais personnages ou mauvais gouvernants[7].  La tradition hellénistique donne assez souvent une valeur guerrière à la métaphore « loup »[8]. Toute allusion aux adversaires venus de l’extérieur et à leur identité dans le Nouveau Testament s’efforce de les identifier aux « loups » ou à des agents séducteurs qui détournent spirituellement le troupeau de Dieu : « Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous vêtus en brebis, mais au dedans ce sont des loups rapaces » (Mt 7.15). La figure du berger, chez le Jésus johannique, par exemple, énonce une antithèse opposant les bons bergers et les faux bergers illustrés par des « loups féroces » qui s’introduisent dans la bergerie pour voler, égorger et détruire[9].  Mais, en Ac 20.29, la question est de savoir si le terme « loups cruels » a en vue, chez le narrateur, une hérésie précise ou s’il fonctionne simplement comme élément avertisseur anti-hérétique. Car l’expression « après mon départ » semble se présenter comme indice invitant à se préparer à vivre des tensions déjà existantes. C’est dire que le discours s’inscrit ici dans une histoire de conflits qui remontent certainement au vécu de Paul et auxquels  les vrais pasteurs ne peuvent échapper. Car, c’est une réalité dirimante assez récurrente, comme on l’a déjà vu,  dans l’apostolat de Paul.

     Quelle est donc l’identité réelle de ces adversaires de l’Évangile ? Telle est la question qui nous préoccupe et à laquelle nous voulons tenter de trouver une réponse. 

      Les « faux docteurs » dénoncés comme de « loups féroces » peuvent s’inscrire sous deux ordres différents : d’une part, on peut faire allusion aux maîtres gnostiques, qui non seulement donnent des enseignements plus spiritualistes, mais qui développent aussi l’esprit matérialiste. C’est-à-dire qu’ils font payer par leurs auditeurs l’enseignement et l’initiation qu’ils dispensent[10]. Ensuite, il y a ceux qui prônent plus de traits judaïsants[11]. En fait, on déduit que l’image de « loups cruels » incarne ici deux adversaires de l’ère lucanienne: le gnosticisme[12] et le judaïsme[13]. 

     En effet, cette mise en garde contre les « faux docteurs » qui « enseigneront » sournoisement « des doctrines pernicieuses » revêt une menace venant  de l’extérieur. Le terme « loups cruels »,  soulignons-le, ne désigne pas ici des partis, ou des écoles philosophiques, mais des opinions[14]. En d’autres termes, les « loups cruels » ne sont pas des groupes de gens qui professent des doctrines erronées, mais les convictions elles-mêmes. C’est dire que ce langage persuasif  tend à assimiler l’hérésie et ses propagateurs[15].

     Par la métaphore « loups cruels », le narrateur fait même très précisément des adversaires de l’Évangile les instruments dont dispose Satan, pour s’emparer de tous les croyants et les asservir, concrétisant ainsi ce que dit, à propos, Christ [16].  Par ailleurs, on remarque que Paul, en pointant les adversaires de l’Évangile, veut établir un lien déterminant entre la doctrine du Christ à préserver et la façon de vivre comme croyants authentiques du christianisme.

     Des deux passages, il ressort que,  puisque les “faux prophètes” sont si dangereux, il faut que les élus puissent les reconnaître, et Jésus affirme que c'est possible. Evidemment , les “faux prophètes” traitent d'hérétiques ceux qui les dévoilent par les Ecritures, et cela augmente la confusion. Mais, il faut savoir que l'apparente pureté doctrinale n'est pas un critère suffisant pour les déceler. La doctrine des pharisiens qui ont condamné Jésus semblait plus correcte et plus complète que celle de la Samaritaine qui venait de découvrir qui était Jésus, et cependant la dynamique de la Vérité était désormais en elle. C’est dire que la pureté doctrinale est un critère insuffisant : car tous les courants religieux se prévalent de respecter les Ecritures, à tort ou à raison. Les “faux prophètes”  prétendent annoncer beaucoup de vérités.  Lorsqu'un vrai prophète est suscité par Dieu. 

     Seulement, le “loup” demeure toujours “ravisseur” car ce n'est pas le cœur de Dieu qu'il désire satisfaire, mais lui-même, en convoitant pouvoir et gloire terrestres. Animé par l'esprit de celui qui a tenté Jésus dans le désert, il travaille pour son ventre, pour se faire un petit royaume religieux. Tel est son régime alimentaire. C'est ainsi qu'une partie du clergé s'est emparée du troupeau. En fin de compte, ce “loup” capture des âmes pour le compte du Diable dont il est le serviteur inconscient.  Les “faux prophètes” sont des “loups”  ayant l'apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force,  la révélation intérieure de l'amour de Christ (2 Tim. 3:5).

Conclusion

     Alors que la société tente de modifier la perception que l’on a du loup, le personnage du loup dans la  Bible est la référence incontournable que les chrétiens doivent retenir car elle est essentielle pour comprendre toutes les œuvres du diable. La métaphorisation du loup est un moyen pour parler des choses pernicieuses avec toujours une vocation d’avertir les chrétiens contre les séductions du diable. Ainsi par le biais du loup, le chrétien va pouvoir découvrir que le terme « faux prophète » suggère une perversion spirituelle hostile à Dieu plutôt que l'immoralité (même si celle-ci caractérise certains “faux prophètes” grossiers, tels ceux dénoncés en 2 P. 2:17-22). Ils ne sont pas ignorants, mais n'acceptent pas la vérité quand elle s'oppose à leur intérêt.


Prof. Jimi ZACKA
Exégète, Anthropologue, Chercheur


[2] Genèse, xlix, 27. Les citations bibliques sont tirées de la Vulgate de Saint Jérôme, dans l’édition en ligne de la Biblia Sacra :http://www.thelatinlibrary.com/bible.html
[3] « Benjamin est semblable à un loup ravisseur. De grand matin, il dévore sa proie, et sur le soir encore, il partage le butin » (nous traduisons).
[4] Ézéchiel, 22.27 et Sophonie 3.3.
[5] « Car Grégoire dit dans une de ses homélies, “le loup vient sur les moutons chaque fois qu’un pilleur injuste opprime les fidèles et les humbles”. » (Thomas d’aquin, Summa theologiae, Roberto Busa (éd.), Stuttgart, Fromman-Holzboog, 1980, IIa-IIae. q. 40, a. 2 ag1, nous traduisons).

[6] Nous référons à quelques textes bibliques qui notent le thème qui cite le loup et l’agneau comme des animaux entre lesquels aucune entente n’est possible (Si 13.17 ; cf. Mt 10.16 ; Lc 10.3) . Par ailleurs, le livre d’Esaïe inscrit cette éventuelle entente entre ces deux animaux sur le registre eschatologique, c’est à dire que l’entente se réalisera à la fin des temps (Es 11.6 ; 65.35) .
[7] Cf Ez 22.27 ; So 3.3.
[8] Homère, par exemple, en parlant des guerriers grecs attaquant les Troyens, écrivait : « On dirait des loups malfaisants, se ruant sur des chevreaux ou des agneaux , qu’ils ravissent aux flancs brebis, quand la sottise du berger les a laissés, dans la montagne, se séparer de son troupeau : eux s’en sont aperçus et, à qui mieux mieux, vite se saisissent des pauvres bêtes au cœur timide » . Iliade XVI, p. 352-355, trad. P. Mazon, cité par Dupont, Le Discours de Milet, Paris : Cerf, 1969. p. 210 .  
[9] Cf. Jn 10.1,8,10.
[10] A. Le Boulluec, La notion de l’hérésie dans la littérature grecque II°- III°siècles, vol.1, De Justin à Irénée,  Paris : Etudes Augustiniennes, 1985, p. 145.
[11] Selon l’étude de Redalie, .Paul après Paul, Genève : Labor et Fides, 1994, p. 365, on peut retrouver sans doute dans la tradition paulinienne et chez les Pères de l’Eglise des questions sur lesquelles le judaïsme s’impose pour créer des conflits. Ces questions portent souvent sur les « controverses sur la loi » (cf.Tt 3.9) ; la circoncision (Tt1.10) ; les mythes juifs et commandements humains Tt 1.14 ; les prescriptions alimentaires (1Tim 4.3) ; ou la discrimination entre le pur et l’impur  (Tt 1.15).
[12] Le gnosticisme a toujours prôné des enseignements plus spiritualistes fondés sur l’éthique ascétique (1Tm 4.10), sur l’affirmation selon laquelle la ressurection a déjà eu lieu (2Tm2.18), et sur le problème des généalogies (1Tm 1.4, Tt 3.9). Cf  Ibid ; à cette question, lire aussi A.D.Nock, Christianisme et Hellénisme, (Lectio divina 77), Paris : Cerf, 1973, p. 18-23.
[13] Nous nous accordons avec Marguerat, La Première Histoire du Christianisme, op.cit., p. 205,  pour dire ici que « de tous les écrits du NT, l’œuvre de Luc présente non pas l’image la plus négative du judaïsme, mais la plus difficile à cerner ». Toutefois, il faut aussi voir la manière dont les juifs sont chargés d’accusation, dans les Actes,  des tensions qui existent entre les chrétiens et le judaïsme. Cf. Ac 3.14-15 ; 4.27 ; 7.51-53 ; 9.27 ; 21.27-36.
[14] Exemples donnés, ainsi que d’autres références, par A. Le Boulluec, op.cit., p. 38-64.
[15]  Ibid, , p. 22.
[16] Cf. Mt 7.15 ; 13.38-39.

vendredi 23 septembre 2016

ENTRE LE VOULOIR ET L'AGIR, L'ALIENATION DE LA FOI (Lecture de Rm 7.19)

« Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. » (Rom 7.19)
 
     Nous sommes, par nature,  esclaves de nos instincts, de nos émotions ou de nos désirs. Chaque jour,  nous nous trouvons dans la condition décrite par l’apôtre Paul dans la Lettre aux Romains : nous ne faisons pas le bien que nous voulons, mais le mal que nous ne voulons pas (cf. Rm 7, 19). Et c'est l’expression de l’aliénation de l’être humain, de la destruction de notre liberté, à cause de notre condition d’être marqué par le péché originel : nous voulons le bien que nous ne faisons pas et nous faisons ce que nous ne voulons pas, le mal. Si chez nous le péché est une infraction ou une faute, le péché, chez Paul, c'est une force opératrice, une force usurpée qui  nous dissuade à faire du bien, qui nous empêche d'exercer  notre vouloir ou d'agir. 
     Ici, nous voyons apparaître,  chez Paul, de manière sous-jacente, l'expression “l'homme intérieur” qui s'oppose à l'homme extérieur (homme intérieur / homme extérieur) et elle coïncide à peu près avec une autre expression de Paul qui est l'homme nouveau par opposition à l'homme ancien.  « L’homme ancien », c’est ce « moi faible »,  c’est ce qui s'oppose à l’Esprit de Dieu. C’est ce qui s’oppose à l'agir du vouloir ou me dissuade de faire le bien que je veux.  Car le vouloir m'est disponible – il m'est donné – mais mettre en œuvre le bien, non.» 
     En effet il est à présumer que le don du vouloir est un don général que Dieu fait à tout homme. Là encore ça ne coïncide pas nécessairement avec la conscience de vouloir : « je ne fais pas le bien que je veux, et le mal que je ne veux pas, c'est ce que je fais ».  Ce que dit Paul, c’est ce que définit Paul Ricoeur  en termes de « puissance de décision » mais également en termes de « puissance d’agir». La volonté étant une puissance de décision que parce qu’elle est une puissance d’agir. Car, une volonté qui ne pourrait pas agir, ne serait pas une volonté, une décision. C’est un vouloir incomplet. Ce qui signifie que la volonté ne décide réellement d’elle-même que quand elle est libre d’agir. Une volonté qui resterait inerte, silencieuse, ne déciderait pas vraiment,  puisque l’agir et le décider s’imbriquent l’un à l’autre. Quand on prend une décision, c’est pour ou en vue d’agir, il y a toujours un certain rapport d’intentionnalité qui lie la décision et l’action ensemble. L’agir, au travers de notre expérience spirituelle, fait surgir une autre dimension de l’action: le pouvoir,  la liberté de vouloir agir et agir comme l'on veut.

 Ne pas le faire ou faire le contraire de sa volonté, dénote en effet une foi aliénée. L'aliénation de la foi signifie ici que vivre la foi est une existence extérieure en soi, c'est-à-dire que celle-ci ne s'affirme pas, mais se nie, ne se sent pas à l'aise, malheureuse, ne déploie pas une libre activité spirituelle mais mortifie l'âme et attriste le Saint-Esprit. L'apôtre Jacques la décrit en Jc 2.26 comme la foi morte : "Comme le corps sans âme est mort, de même la foi sans les oeuvres est morte". En conséquence, le chrétien a le sentiment d'être en dehors de lui-même. Il est comme chez lui quand il ne fait pas le bien et quand il fait le bien, il ne se sent pas chez lui. Son bienfait n'est pas volontaire mais contraint, c'est du travail forcé. Il ne se donne pas la satisfaction de faire un bien, mais s'efforce d'être un moyen de satisfaire un besoin en dehors de sa personne. Le caractère étranger du bien accompli, apparaît nettement du fait qu'il est sous  contrainte. 

C'est dire que la foi dans laquelle l'homme s'aliène, est d'une éthique usurpée, feinte. Elle fait toutes choses  par murmures, par contraintes,  par  mortification. C'est dans cette perspective que l'apôtre Paul  dit : "Faites toutes choses sans murmurer ni hésitation, afin que vous soyez irréprochables au milieu d'une génération perverse et corrompue, parmi laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde". (Philippiens 2, 15)
 
     L’apôtre Paul fait également comprendre que ce n’est pas avant tout notre volonté qui nous libère de ces conditions, ni la Loi, mais l’Esprit-Saint. Et puisque « où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3, 17), avec la prière, nous faisons l’expérience de la liberté donnée par l’Esprit : une liberté authentique, qui est une liberté par rapport au mal et au péché, pour le bien et pour la vie, pour Dieu. 
     La liberté de l’Esprit, continue Paul, ne s’identifie jamais ni avec le libertinage, ni avec la possibilité de faire le choix du mal, mais plutôt avec le « le fruit de l'Esprit [qui] est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22).
     Voilà la vraie liberté : pouvoir réellement suivre son désir du bien, de la vraie joie, de la communion avec Dieu sans se laisser asservir par les circonstances qui nous attirent vers d’autres directions. C'est ainsi que nous obtiendrons la foi authentique, agissante, digne d'un enfant de Dieu.

Prof. Jimi ZACKA
Exégète, Théologien