vendredi 10 juillet 2026

L’ÉCHEC DES DISCIPLES DE JÉSUS (Mc 9.14-29) Autorité et légitimité spirituelles : analyse d'une tension théologique. Jimi ZACKA, PhD


Introduction

Servir Dieu est-il souvent synonyme de succès en toutes circonstances ou de performance charismatique ? Si la question du succès ou  de la gloire préoccupe beaucoup d’institutions politiques aujourd’hui, l’Église n’en est pas exclue. Si l’on utilise des instruments toujours plus sophistiqués pour mesurer la performance individuelle, comparer les résultats et classer les individus selon leur efficacité, le corps ecclésial n’y échappe pas. Autrement dit, la réussite du ministère pastoral est souvent évaluée à partir de critères visibles tels que la croissance numérique des fidèles, l'influence médiatique, la fréquence des manifestations charismatiques ou encore la renommée des responsables d’Église. Cette évolution traduit un déplacement progressif des critères bibliques vers des indicateurs inspirés de la culture de la performance. Le succès tend alors à devenir un signe présumé de la faveur divine, tandis que les épreuves, les limites ou les situations d'échec sont parfois interprétées comme le symptôme d'une foi insuffisante ou d'une déficience spirituelle. Une telle lecture soulève cependant une question théologique majeure : le service de Dieu est-il réellement synonyme de réussite permanente ?

 En lisant de la Genèse à l’apocalypse, on découvre que la réponse biblique est négative à cette question. À partir d'une analyse de plusieurs figures majeures de l'Écriture – Moïse, Jérémie, Jean-Baptiste, Jésus-Christ et l'apôtre Paul –, la Bible montre que Dieu appelle fréquemment ses serviteurs à exercer leur mission dans des contextes de résistance, de souffrance et d'échecs. Loin de constituer un démenti de leur vocation, ces expériences participent souvent de l'économie même du salut. La croix du Christ apparaît dès lors comme le principe herméneutique fondamental qui renverse les catégories humaines du succès et de l'efficacité. 

Malgré tout, il y a aujourd’hui une tendance inverse : celle d’une théologie qui nie l’échec des serviteurs de Dieu[1]. En effet, l’échec semble devenir aujourd’hui le nouvel horizon théologique, un nouvel objet d’étude qui le perçoit comme une honte ou une preuve de rejet divin. Cette perception pousse certains responsables ecclésiaux à cacher leurs erreurs et à nier leurs limites. Il devient alors difficile de dire : « Nous avons échoué » ou « Nous nous sommes trompés ». Ils ne réalisent pas qu’un tel  déni de l’échec est  plus destructeur que l’échec lui-même.

Du coup, la doxa dominante — y compris dans les milieux évangéliques et charismatiques — a intégré le discours du fail forward,[2] du growth mindset[3], de l’échec comme voie vers le succès. L’échec y est instrumentalisé : il n’a de valeur que s’il produit quelque chose d’utile. C’est une sotériologie de la performance déguisée en humilité. C’est théologiquement suspect. Pourquoi ? Parce que cette vision ne tolère l’échec que provisoirement. Elle refuse sa dimension irréductible et l’échec devient un   scandale.

À cet effet, on attribue les échecs du ministère pastoral à la sorcellerie, aux attaques démoniaques ou à la jalousie des adversaires. En fait, le responsable d’Église ignore qu’un projet peut échouer en raison d'une mauvaise gestion. Une communauté peut se diviser à cause d'un leadership autoritaire. Une prophétie peut se révéler erronée à cause d'un mensonge. Le succès devient ainsi un signe présumé de la faveur divine, tandis que les situations d’échec proviennent d’une foi insuffisante ou d’une déficience spirituelle.

Pourtant, il y a une vérité que l’on ne peut pas nier : l’échec est naturellement humain : nous échouons tous dans la vie, que ce soit dans une vie personnelle, professionnelle ou dans l’œuvre de Dieu. D'un point de vue théologique, le déni de l'échec peut devenir une forme d'orgueil spirituel. Il donne l'impression que le serviteur de Dieu est toujours victorieux en tout et ne peut jamais se tromper. Une telle image est étrangère aux Écritures. Car, les prophètes d’Israël ont presque tous échoué dans leur ministère. Jérémie n’a converti personne. Ézéchiel a prêché dans le vide. Jonas a échoué à sa mission. Ainsi, quand il y a échec dans le ministère, la question théologique n’est pas comment se relever, mais : qu’est-ce qui me sépare de Dieu pour cet échec ? Car, lorsqu’une œuvre spirituelle échoue, il est nécessaire d’examiner si une forme idolâtre cachée n’a pas détourné l’homme de sa dépendance envers Dieu. Cette affirmation, notons-la, ne signifie pas que tout échec est automatiquement causé par l’idolâtrie. Cependant, certains échecs peuvent effectivement révéler une idolâtrie dissimulée. Car, l’idolâtrie ne se limite pas à l’adoration d’images. Elle consiste également à placer une personne, une ambition, un succès, une réputation ou même un ministère à la place de Dieu. C’est dire que, d’un point de vue spirituel, l’échec peut devenir un instrument de discernement. Il oblige le serviteur de Dieu à s’interroger : « Qu’est-ce qui occupe réellement la première place dans mon cœur ? ». Si la réponse révèle une confiance déplacée, alors l’échec devient une occasion de repentance, de réorientation et de renouvellement de la relation avec Dieu.

Cela renvoie à l’idée que dans un monde où la performance charismatique est constamment mise en avant dans les Églises, où le succès est une exigence, le critère spirituel devient transactionnel. À cet effet, il n’est pas rare de voir fleurir des propositions de bénédictions, de succès dans les sermons, à l’instar des délivrances qui « mènent à la guérison ».

Pourtant, comme souligné ci-haut, l’échec fait partie de la vie de chaque serviteur de Dieu, et la Bible en fait donc le récit, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. La Bible regorge d’exemples et nous en donne quelques-uns  : Moïse a échoué dans sa mission  en frappant le rocher au lieu de lui parler (Nbre 20.7-12). Cette faute lui coûta l’entrée dans la terre promise. Élie, après sa victoire sur les prophètes de Baal, fuit devant Jézabel et demande la mort (1 Rois 19.1-4). Son découragement contraste avec sa victoire précédente et devient un échec. Jérémie reste fidèle à Dieu, mais ses appels à la repentance semblent sans effet. Le peuple ne l’écoute pas et Jérusalem en est détruite. Son ministère apparaît comme un échec total, même s’il accomplit pleinement la volonté de Dieu. Le message d’Ézéchiel fut largement rejeté et d’ailleurs, Dieu l’avertit que beaucoup refuseront son message (Ez 3.7).  Son ministère illustre la tension entre la fidélité à la vocation et le manque de résultats. Samuel fut un prophète remarquable établi par Dieu, mais il connut un échec dans l’éducation de ses enfants. Ses fils  n’ont pas suivi son exemple et ont souillé l’autel de Dieu (1 Sam 8.1-3). Le roi David échoue en commettant l’adultère avec Bath-Sheba (2 Sam 11). Salomon, malgré sa sagesse exceptionnelle, se détourne de Dieu sous l’influence de ses nombreuses femmes (1 Rois 11.1-10). Esaïe et d’autres prophètes ont annoncé la parole de Dieu, mais la majorité du peuple refuse de les écouter. En effet, tous ces exemples montrent que l’échec n’a jamais été le dernier verdict de Dieu. Pour preuve, Moïse est  resté le grand libérateur d’Israël. David est resté  le roi selon le cœur de Dieu malgré son échec de conduite.

Le Nouveau Testament évoque le récit de la délivrance de l’enfant épileptique en Mc 9.14-29, qui illustre, entre autres récits, également une situation d’échec des disciples de Jésus. La difficulté des disciples à guérir l’enfant malade met en évidence un conflit entre l’autorité spirituelle reçue et leur légitimité. Cependant, au-delà de cette défaite narrative, le texte soulève une question plus profonde: dans quelle mesure la réussite visible et efficace de l’acte de délivrance est-elle perçue comme un critère de légitimité spirituelle ? Et comment cette perception peut-elle engendrer un biais théologique et ecclésial? Le récit nous invite à réfléchir sur la doctrine selon laquelle la légitimité de Dieu repose sur la performance: lorsque les disciples échouent, leur autorité est remise en question. Jésus réoriente cependant cette perspective : ce nest pas la performance qui établit la légitimité, mais la foi vécue dans la dépendance à Dieu.

En effet, l’hypothèse est que l’échec des disciples dans Mc 9,14‑29 dénonce une conception biaisée de la légitimité spirituelle fondée sur la performance visible du don charismatique. Le texte montre que l’autorité spirituelle ne peut être réduite à un critère d’efficacité mesurable, mais qu’elle repose sur une foi authentique et une relation vivante au Christ. Ainsi, la scène devient paradigmatique: elle critique les dérives dune théologie de la performance charismatique et propose une reconfiguration de lautorité spirituelle, où la légitimité ne se mesure pas à la manifestation immédiate d’un miracle, mais à la fidélité et à la confiance en Dieu.

À la lumière de cette problématique et de l’hypothèse formulée, il apparaît nécessaire d’examiner de manière structurée les enjeux du récit de Mc 9,14‑29. L’épisode ne se réduit pas       à un constat d’échec; il met en jeu une conception implicite de la légitimité de Dieu fondée sur la performance de Son serviteur, conception que le texte critique et reconfigure. Pour rendre compte de cette dynamique, lanalyse se déploiera en quatre étapes: premièrement, il faut se situer dans le contexte narratif de Mc 9.14-29 ; deuxièmement,  je vais parler d’un défi qui se révèle comme critère implicite de légitimation spirituelle; troisièmement, je vais prouver que l’échec des disciples de Jésus est révélateur d’une limite humaine ; et quatrièmement, il me semble important de  mettre en évidence les dérives théologiques liées à cette logique de performance avant de conclure sur la lecture christologique de l’échec comme pédagogie de la foi.

I.                      Contexte narratif de Mc 9,14‑29

Le récit s’ouvre sur une scène de confrontation: les disciples, laissés au pied de la montagne, sont incapables de délivrer un enfant possédé. La foule s’agite, les scribes discutent, et l’autorité des disciples est mise en question. Dans ce contexte, l’échec n’est pas seulement un constat de faiblesse individuelle; il devient un événement public, exposé au regard de la communauté et susceptible de remettre en cause la crédibilité de la mission confiée par Jésus. Par ailleurs, le manque de foi des disciples correspond à une thématique marcienne qui peut apparaître, d’une part, dans les récits de miracles et, d’autre part, dans ceux de la Passion. C’est dire que ce fait unique de l’échec des disciples évoqué au v.18b, laisse déjà entendre que ce qui suit relève de leur incompréhension, illustrée juste après par le débat de 9.33-34 et par le refus de Jean de voir ceux qui ne sont pas disciples exorciser au nom de Jésus, se mettant ainsi en opposition avec Jésus (Mc 9.39). Le lien entre les v.18b et 28 constitue l’une des particularités de notre péricope : réussir à expulser telle espèce de démons nécessite la prière et ne relève pas d’une performance comme critère de légitimité spirituelle. Pourtant les Douze choisis par Jésus pour « être avec lui et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons », se sont montrés efficaces dans leur mission (Mc 6.12), et les voici présentés ici en situation d’échec. L’étonnement de cet échec inaugure un nouvel enseignement correctif : « cette espèce ne peut sortir que par la prière ».

2.    La logique implicite de la performance charismatique

 

Il est à noter que, dans l’imaginaire religieux et social de l’époque, la réussite visible d’un acte de délivrance ou d’un miracle est perçue comme un signe d’autorité spirituelle. La performance charismatique devient ainsi un critère implicite de légitimité spirituelle: celui qui guérit ou fait des miracles prouve par là son autorité spirituelle et sa proximité avec Dieu. À linverse, l’échec fragilise la reconnaissance de cette autorité et ouvre la porte à la contestation. Les disciples se trouvent donc pris dans une logique où leur statut dépend de leur capacité à produire des résultats tangibles. De même, souvenons-nous que, dans la mentalité de l’époque, toute maladie est mise au compte d’une possession démoniaque[4].

Ainsi, la relation de Jésus avec l’esprit muet dans cet épisode est sans ambiguïté. Comme dans tous les autres récits d’exorcisme étudiés et bien d’autres récits de miracles, l’intervention de Jésus trouve toujours une issue heureuse. C’est pourquoi l’homme qui s’avère déçu par les disciples amène à Jésus son fils possédé par un esprit qualifié de muet. Le narrateur présente, en effet, un esprit inhabituel : le démon est muet, ne confesse pas l’identité de Jésus, tient les disciples en échec et veut la mort de sa victime. De fait, dans l’ensemble de la narration évangélique, on constate une nette évolution. En Mc 1,21 s., un homme a un esprit impur ; celui-ci vocifère et reconnaît Jésus. En Mc 5.1, le démon est Légion, si fort qu’aucune chaîne ne peut le maintenir lié ; il est marqué par une régression vers la bestialité, les cris et l’automutilation. Mais à aucun moment le narrateur ne nous montre la volonté de ces démons de faire mourir leur possédé. Notons aussi que tous les démons qui se sont confrontés à Jésus sont souvent désignés « esprits impurs » (1.24-34 ; 3.11 ; 5.7-12). En revanche, en 9.14-29, le démon est qualifié de « muet ». Il est le seul à ne pas pouvoir parler à Jésus. Pendant l’exorcisme, Jésus le désigne comme l’esprit « sourd et muet ». Il est le seul démon dans les évangiles à mettre les disciples en difficulté et à recevoir un diagnostic particulier : au dire du père, les symptômes de l’aliénation dont son fils est victime sont tels « qu’il le fait périr » (9.22a) et « où qu’il le saisisse, il le jette par terre, il écume, grince des dents et devient raide » (9.18a). Du point de vue médical, ils sont lus comme des symptômes de l’épilepsie.

En fin de compte, les figures de l’« écume », du « grincement de dents » et l’intention du démon de « faire périr » l’enfant illustrent l’extrême de la possession jamais atteinte dans l’ensemble de l’évangile de Marc. Du coup, le récit de Marc 9.19-29 met en scène un échec surprenant. Les disciples de Jésus sont incapables de délivrer un enfant possédé alors qu'ils avaient déjà exercé auparavant un ministère d'exorcisme avec succès (Mc 6.13). Cet épisode soulève une question importante : pourquoi ont-ils échoué ?[5]

Le texte ne donne pas immédiatement une réponse technique. Jésus commence plutôt par un constat sévère : « Génération incrédule, jusqu'à quand serai-je avec vous ? » (Mc 9.19). L'échec des disciples ne relève donc pas d'abord d'un manque de méthode, mais d'un problème plus profond lié à leur foi et à leur dépendance envers Dieu[6].

À travers ce récit, il est possible d'identifier ce que l'on pourrait appeler une logique implicite de la performance charismatique. Cette logique apparaît lorsque les dons spirituels, les manifestations de puissance ou les succès pastoraux deviennent progressivement des preuves de compétence personnelle. Le serviteur de Dieu risque alors de s'appuyer davantage sur son expérience passée que sur sa relation présente avec Dieu[7].

Les disciples semblent avoir abordé cette situation comme les précédentes. Ils avaient déjà chassé des démons. Ils connaissaient les gestes à accomplir. Ils possédaient une certaine expérience du ministère. Pourtant, rien ne se produit. Ce qui fonctionnait auparavant ne fonctionne plus. Leur autorité spirituelle paraît soudainement inefficace[8].

Le problème n'est pas l'exercice des dons en lui-même. Jésus avait effectivement donné à ses disciples l'autorité sur les esprits impurs. Le problème surgit lorsque le ministère glisse d'une logique de dépendance à une logique de maîtrise. Le serviteur commence alors à croire, souvent inconsciemment, qu'il contrôle ce qui appartient uniquement à Dieu. (5) La réponse finale de Jésus est particulièrement révélatrice : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière » (Mc 9,29). La prière n'est pas ici une technique supplémentaire destinée à améliorer l'efficacité du ministère. Elle rappelle que toute action spirituelle authentique dépend de Dieu. La prière est l'expression concrète de la dépendance. Elle reconnaît que la puissance n'appartient ni au prédicateur, ni au prophète, ni au guérisseur, mais à Dieu seul.

Cette parole de Jésus est une critique permanente des dérives de la performance charismatique. Dans la plupart des Églises africaines, le succès ministériel est parfois évalué selon le nombre de miracles, la taille des rassemblements ou la visibilité médiatique des responsables religieux. Une telle approche risque de transformer le ministère en démonstration de puissance humaine plutôt qu'en témoignage de la grâce divine[9].

Marc 9.19-29 rappelle que l'autorité spirituelle ne réside pas dans les capacités du serviteur mais dans sa communion avec Dieu. L'échec des disciples devient alors une leçon pédagogique. Dieu peut permettre certaines limites afin de rappeler à ses serviteurs qu'ils ne sont pas les propriétaires des dons spirituels.

Ainsi, ce récit invite l'Église à examiner ses pratiques et ses critères de réussite.  Là où la logique de la performance cherche à produire des résultats, la logique de l'Évangile appelle à demeurer dans une relation vivante avec le Seigneur. C'est dans cette dépendance que se trouve la véritable source de toute autorité spirituelle.

3.     L’échec révélateur des disciples de Jésus : « Pourquoi n’avons-nous pas pu l’expulser ? »

L’échec des disciples à délivrer l’enfant entraîne une crise de légitimité: leur autorité, fondée sur la mission reçue de Jésus, est mise en doute par la foule et par les scribes. Cet échec est révélateurd’une limite notoire : il montre que lautorité spirituelle ne peut pas se réduire à une performance escomptée. En exposant cette fragilité, le texte est en train de préparer le déplacement que va opérer Jésus: la véritable légitimité ne réside pas dans lefficacité du don spirituel, mais dans la foi et la prière.

En fait, le cri d’indignation de Jésus, « Génération incrédule », accuse logiquement les disciples en raison de leur manque de foi. Cette dernière interprétation est préférable. Car, il faut noter que, chez Marc, Jésus n’en est pas à son premier reproche touchant le manque de foi de ses disciples (cf. Mc 4.40 ; 14.34). De plus, le lien entre le dire du père au verset 18b : « J’ai dit à tes disciples de l’expulser et ils n’ont pas pu » et la question des disciples posée à Jésus en privé « pourquoi n’avons-nous pas pu l’expulser ? » (v.28), révèle que les disciples méritent une leçon de foi. Notons, par ailleurs, que les expressions « générations » et « jusqu’à quand » évoquent déjà l’endurcissement du peuple d’Israël qui exaspère son Seigneur pendant l’Exode ( Nb. 14.27 ; Dt 32.5) ou encore l’expérience du prophète Ésaïe (Es.6.11).

À l’interrogation des disciples attristés par leur échec, Jésus répond, chez Mc et Mt, en laissant de côté le problème de la guérison et en traitant uniquement celui de la prière (Mc) et de la foi (Mt), nécessaires pour chasser « cette sorte de démon ». En effet, Marc met en scène une véritable crise de crédibilité des neuf disciples[10].

De toutes les façons, leur impuissance à chasser le démon est reconnue par les trois évangélistes en différents termes ; Mc et Lc disent que les disciples n’ont pas pu « chasser l’esprit » ; tandis que Mt pense qu’ils n’ont pas pu « guérir[11] ». Notons, au passage, que cette variante résulte de ce que Mt distingue les lunatiques des possédés en Mt 4.24. Cette distinction matthéenne n’est pas radicale, puisque la guérison s’effectuera par l’expulsion du démon, et qu’il emploiera le mot « guérir » à propos des démoniaques.

En fait, l’incapacité des disciples à délivrer l’enfant provoque une controverse avec les scribes et suscite la déception de la foule. Car, il est d'autant plus surprenant que Jésus leur avait déjà conféré une autorité sur les esprits impurs. Marc rapporte explicitement qu'il leur avait donné pouvoir sur les démons et qu'ils avaient exercé avec succès ce ministère lors de leur mission en Galilée en Mc 6.7-13[12].

Par conséquent, leur échec apparaît comme une rupture inattendue avec Jésus. Une autorité autrefois efficace semble soudainement remise en question. La réaction de Jésus éclaire la gravité de la situation. Dès son arrivée, il déclare : « Génération incrédule, jusqu'à quand serai-je avec vous ? » (Mc 9.19). Cette parole ne vise probablement pas seulement la foule ou les scribes, mais englobe l'ensemble des acteurs présents, y compris les disciples. Il dénote que leur incapacité révèle une déficience spirituelle qui dépasse largement le simple échec technique. L'enjeu principal du récit concerne précisément la nature de l'autorité apostolique. Les disciples semblent avoir considéré l'autorité reçue comme une autorité spirituelle permanente dont ils pouvaient en faire usage à volonté. Pourtant, l'épisode montre que l'autorité spirituelle n'est jamais indépendante de la relation avec Dieu. Elle n'est pas un pouvoir autonome mais un ministère exercé dans la dépendance constante du Seigneur[13].

Pour cela, l'attitude du père de l'enfant souligne indirectement la remise en cause de l’autorité des disciples. Il déclare à Jésus : « J'ai dit à tes disciples de chasser l'esprit, et ils n'ont pas pu » (Mc 9.18). Cette remarque publique met en évidence l’humiliation subie par les disciples  devant la foule. Le contraste entre l'autorité de Jésus et l'échec des disciples devient alors manifeste. Alors que les disciples échouent, Jésus délivre immédiatement l'enfant par sa seule parole : « Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de cet enfant et n'y rentre plus[14].

Mais le dialogue privé entre Jésus et ses disciples après l'exorcisme va apporter une explication essentielle. Ceux-ci vont l’interroger : « Pourquoi n'avons-nous pas pu le chasser ? » (v.28). Leur question révèle qu'ils considèrent encore l'événement comme une anomalie. Jésus répond : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière » (v.29). Il rappelle ainsi que l'autorité spirituelle ne peut être dissociée de la communion avec Dieu[15]. La mention de la prière n'introduit pas une méthode particulière destinée à accroître l'efficacité du ministère de délivrance. Elle rappelle plutôt le fondement même de toute autorité chrétienne. La prière exprime la dépendance. Elle reconnaît que la puissance de délivrer appartient à Dieu seul. En l'absence de cette dépendance, l'autorité confiée aux disciples perd sa véritable source[16].

Marc présente donc cet épisode comme une leçon de formation. Jésus ne retire pas définitivement son autorité aux disciples. Il les conduit plutôt à comprendre que leur mission ne repose ni sur leur expérience passée ni sur leur statut de disciples. Leur autorité demeure dérivée, reçue et constamment dépendante de la présence agissante de Dieu. Cette leçon donne un exemple enrichissant aux Églises de nos jours. Toute forme de ministère pastoral ne doit pas confondre autorité spirituelle au pouvoir ecclésial, ni à l’influence médiatique ni au succès pastoral. Marc 9.19-29 rappelle au contraire que l'autorité authentique venant de Dieu ne réside pas dans les capacités du serviteur de Dieu à opérer toutes sortes de miracles mais dans sa communion avec Dieu. La remise en cause de l'autorité des disciples devient ainsi un appel à l'humilité et à la dépendance spirituelle pour tous ceux qui exercent un ministère au nom du Christ[17].           

           Cette approche offre ainsi une réponse théologique solide aux discours qui assimilent systématiquement succès matériel, performance religieuse et faveur divine.  Cette logique est renforcée par certains discours issus de la théologie de la prospérité ou par certaines expressions du mouvement charismatique, dans lesquelles la victoire, la puissance et la réussite occupent une place centrale. Il convient toutefois d'éviter toute généralisation. Les traditions pentecôtistes et charismatiques sont extrêmement diverses et nombre de leurs représentants développent une théologie profondément christocentrique et fidèle aux Écritures. La critique proposée dans cette étude ne vise donc pas le charismatisme en tant que tel, mais certaines dérives qui substituent progressivement une logique de performance à une logique de fidélité. Je vais citer entre autres trois dérives.

4.    Les dérives théologiques liées à la performance  charismatique

 D’abord, à propos de ces dérives, Marc y apporte un éclairage particulièrement pertinent. Il met en exergue l'échec inattendu des disciples face à un enfant possédé. Pourtant, comme il a été souligné ci-haut, leur échec leur semble inadmissible. Après la délivrance de l'enfant faite par Jésus, les disciples vont l’interroger sur la raison de cet échec : « Pourquoi n'avons-nous pas pu chasser cet esprit ? » (Mc 9,28). La question dépasse le simple constat de leur échec. Elle révèle une conception du ministère où les disciples pensent que l'efficacité du ministère découle automatiquement de l'autorité déjà reçue. Pour eux, le don de délivrance reçu est linéaire, permanent et infaillible. C’est ce que l’on constate souvent dans plusieurs contextes de délivrance, d’où la fécondité du ministère, toujours mesurée à l'aune des miracles accomplis, du nombre de personnes guéries ou de la visibilité des manifestations extraordinaires pendant des croisades d’évangélisation. Cette évolution favorise une véritable culture de la performance charismatique, où les résultats deviennent progressivement le principal critère de légitimité ministérielle. La réponse de Jésus déconstruit cette logique : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière » (Mc 9,29). L'accent n'est plus placé sur la maîtrise d'une technique spirituelle, mais sur la qualité de la relation avec Dieu. Le problème n'est ni méthodologique ni stratégique. Il est théologique. Les disciples découvrent que l'autorité reçue ne les dispense jamais d'une dépendance permanente envers Dieu. La puissance divine ne s'accumule pas comme un capital religieux et ne se manipule pas comme un pouvoir personnel.

Cette scène met ainsi en évidence une première dérive : la confusion entre le don reçu et le pouvoir possédé. Lorsque les résultats visibles deviennent le principal indicateur du succès ministériel, le serviteur risque de croire que l’efficacité de son don dépend de son niveau spirituel, de son expérience ou de son « onction ». Le ministère cesse alors d'être vécu comme une participation à l'œuvre de Dieu pour devenir une démonstration des capacités du ministre. Comme le rappelle John Stott : « Toute l'Église est appelée à témoigner du Christ, jamais à se substituer à lui. »  Cette remarque souligne que le pasteur demeure un instrument et non la source de la puissance qu'il exerce.

La seconde dérive, c’est ce qu’on constate aujourd’hui sur le terrain et cela paraît plus préoccupant : la prolifération des faux miracles, dont l’un des cas a été révélé dans une revue en Côte d’ivoire :

Les fidèles, souvent dans des situations de précarité ou de maladie, sont attirés par la promesse de guérisons miraculeuses. Certains de ces “miracles” sont mis en scène pour impressionner les foules, avec des complices jouant le rôle de malades qui se lèvent soudainement de leur chaise roulante ou de personnes soi-disant possédées qui retrouvent la paix après une prière[18].

En effet, ces miracles réels ou faux, deviennent souvent un critère d'évaluation du ministère de certains pasteurs dits charismatiques. Ce qui explique que les guérisons, les délivrances ou les prophéties occupent aujourd’hui une place disproportionnée, jusqu’à devenir les principaux marqueurs de la présence de Dieu dans une communauté chrétienne. Dans une telle perspective, la foi chrétienne est tout simplement réduite à la recherche de manifestations extraordinaires. Cela met en lumière le rôle croissant de la mise en scène et du spectacle dans certaines formes contemporaines de culte religieux. Les pasteurs utilisent ainsi les réseaux sociaux pour diffuser des vidéos de ces soi-disant miracles, attirant ainsi encore plus d’adeptes.

Or, dans Marc 9, Jésus refuse toute logique spectaculaire. Son intervention ne vise pas à renforcer sa réputation, mais à manifester la compassion de Dieu envers un père éprouvé et son fils. Le miracle demeure un signe du Royaume, jamais une fin en lui-même.  Ainsi, Marc  rappelle que la vocation chrétienne suppose une rupture avec toutes les formes d'autoglorification. Le disciple renonce à faire de son propre succès la mesure de la fidélité à Dieu. Karl Barth développera une perspective similaire en soulignant que Dieu demeure souverainement libre dans sa manière d'agir. L'être humain ne peut enfermer l'action divine dans des critères de réussite élaborés à partir des catégories culturelles ou sociologiques. Dieu agit souvent là où l'homme ne l'attend pas, et son œuvre échappe fréquemment aux indicateurs que les institutions humaines privilégient pour mesurer l'efficacité. Cette réflexion revêt aujourd'hui une importance particulière. Les transformations du paysage religieux mondial, l'essor des méga-churches, la médiatisation du ministère pastoral et l'influence croissante des technologies numériques invitent les Églises à interroger leurs propres critères d'évaluation. Comment discerner la véritable fécondité d'un ministère ? Quels sont les signes authentiques de la présence de Dieu ? Comment éviter que les logiques managériales ne remplacent progressivement les catégories théologiques ?

Karl Barth rappelait avec justesse que « le miracle n'attire jamais l'attention sur lui-même ; il renvoie toujours à Dieu[19]». Cette perspective permet de replacer les manifestations extraordinaires dans leur véritable fonction théologique.

La troisième dérive concerne l’usurpation excessive de l'autorité de Dieu. Dit autrement, c’est prendre la place de Dieu, c’est faire abstraction de tout ce qui procède de la volonté de Dieu en soi et la remplacer par sa propre volonté. C’est décentrer Dieu comme source d’autorité et s’accaparer de son pouvoir.  Dans certains milieux évangéliques, le succès d’un ministère de délivrance conduit à construire des figures charismatiques auxquelles sont attribuées des capacités presque exceptionnelles. Peu à peu, la confiance des fidèles se déplace du Christ vers le leader charismatique. Cette personnalisation fragilise la vie ecclésiale, car elle concentre l'autorité sur une personne au lieu de la rapporter au Seigneur de l'Église.

En effet, ces célèbres figures charismatiques défraient aujourd’hui la chronique. Leurs prescriptions, suivies trop religieusement par les fidèles, frisent l’aliénation. Par exemple, en Afrique du Sud, le pasteur Alph Lukau a prétendu avoir ressuscité un jeune homme, Brighton Moyo, trois jours après sa mort. La fausse résurrection a été mimée le dimanche 24 février 2019[20]. Le poteau rose découvert, le pasteur s’est excusé. En RDC, il est rapporté que le prophète Joël Tatu s’est retrouvé dans la tourmente après une mise en scène d’un prétendu miracle au cours d’un culte où l’un des prédicateurs, Samy Matanda , visiblement en quête d’un moment de gloire spirituelle, a voulu démontrer la « puissance du feu divin » en versant de l’eau dans un récipient avant d’affirmer que, par la foi, celle-ci s’enflammerait. Quelques instants plus tard, une flamme est effectivement apparue, mais la prétendue manifestation s’est vite révélée ne pas être qu’une supercherie[21].  

Notons que les dérives récurrentes de ces pasteurs engendrent des conséquences dramatiques. En 2007, en Côte d’Ivoire, « l’affaire Behazin[22] » surgit lorsqu'un ex-adepte du vodou converti au pentecôtisme accusa plusieurs pasteurs pentecôtistes de recourir au mysticisme pour accroître leur pouvoir pastoral. En d’autres termes, Béhanzin Armand a révélé avoir recommandé à plusieurs pasteurs de ces sectes très influentes dans le pays des sacrifices humains de renforcer leur aura auprès des fidèles. Il a reconnu, dans ces révélations, avoir ainsi fait tuer des nés pour cette cause. C’est dire que ces prétendus pasteurs sont en quête de forces  occultes  pour se mettre en  compétition. Outre ces dérives, le foisonnement des « églises de réveil » engendre une véritable concurrence entre les pasteurs pour remplir leurs églises et tirer profit des retombées financières. Les fidèles peuvent ainsi verser tous leurs revenus chaque mois, comme c’est le cas à l’église du pasteur nigérian David Oyedepo, dont la fortune est estimée à 150 millions de dollars[23]. Outre ces quelques cas cités ci-haut, il y a plusieurs autres cas de dérives nombreuses et multiformes que l’on ne peut mentionner dans ce travail.

 Toutefois, il est à noter que Marc prend le contre-pied d'une telle logique. Les disciples échouent afin d'apprendre que l'autorité ne leur appartient pas. Ils ne sont ni propriétaires ni gestionnaires de la puissance divine ; ils en sont les serviteurs. Ils n’ont pas besoin d’être en quête d’une autre source pour agir en son nom. Comme l'écrivait Dietrich Bonhoeffer, « l'Église n'est Église que lorsqu'elle existe pour les autres ». A cet effet, le ministère pastoral authentique conduit donc au Christ plutôt qu'à l'exaltation du ministère de soi. Toute démarche mystique pour rehausser le niveau de son pouvoir ne peut pas trouver sa source en Dieu.

En d’autres termes, la logique de performance charismatique ne peut pas s’expliquer par une source divine. C’est pourquoi, d’ailleurs, lorsque les résultats visibles ne proviennent pas de la fidélité à Dieu, toute absence de guérison, toute stagnation ou toute difficulté ministérielle cherche alors à trouver un motif  de culpabilité : un manque de foi, un péché caché, une insuffisance spirituelle ou une absence d'onction. L’évangéliste Marc refuse une telle interprétation. L'échec des disciples ne provoque ni leur exclusion ni leur disqualification. Jésus transforme leur incapacité en occasion de formation. Leur faiblesse devient un espace pédagogique où ils apprennent que la mission ne repose pas sur leurs performances, mais sur une communion toujours renouvelée avec Dieu. Cette pédagogie rejoint la conviction d’Henri Nouwen selon laquelle « le serviteur chrétien exerce son ministère non par sa force, mais à partir de sa vulnérabilité offerte à Dieu[24] ». Cette lecture rejoint une intuition fondamentale d'Oswald Chambers : « Dieu ne nous appelle pas d'abord à réussir, mais à lui être fidèles. [25]»

Cette affirmation résume bien la tension présente dans Marc 9,19-29. L'Évangile ne valorise pas une spiritualité fondée sur l'efficacité immédiate, mais une fidélité qui demeure dépendante de Dieu, même lorsque les résultats tardent à apparaître ou paraissent un échec.

Conclusion

La critique formulée dans cette étude ne vise donc pas le charismatisme en tant que tel, mais certaines dérives qui substituent progressivement une logique de performance à une logique de fidélité. Toutefois, Marc 9,19-29 constitue une critique profonde de toute théologie qui assimile la puissance de Dieu à la performance du pasteur. Le récit rappelle que l'autorité spirituelle ne s'évalue ni par le prestige personnel, ni par l'accumulation de miracles, ni par l'efficacité visible du ministère. Elle naît d'une relation vivante avec Dieu, entretenue par la foi, l'humilité et la prière. Plus qu'un récit d'exorcisme, ce passage devient une véritable école du discipulat. Il enseigne que la puissance du Royaume ne se manifeste jamais dans l'autosuffisance religieuse, mais dans une dépendance constante envers Dieu. Là où la logique de performance cherche à produire des résultats spectaculaires, l'Évangile appelle d'abord à former des disciples fidèles, conscients que toute fécondité authentique procède de la grâce de Dieu et non de leurs propres capacités.

Ainsi, l’on peut conclure que l'échec n'est ni une preuve de l'abandon de Dieu, ni un signe automatique d'infidélité. Il devient un lieu de révélation, de transformation et de maturation spirituelle. Dans la logique humaine, l'échec est associé à la faiblesse, à la défaite et à la perte de crédibilité. Pourtant, la croix représente précisément ce qui semblait être l'échec ultime de Jésus. Aux yeux des autorités religieuses, de Ponce Pilate et même de nombreux disciples, la crucifixion signifiait la fin de sa mission. Pourtant, la résurrection révèle que ce qui apparaissait comme une défaite était en réalité le moyen choisi par Dieu pour accomplir le salut. Ainsi, la foi chrétienne affirme que Dieu peut transformer l'échec apparent en victoire rédemptrice.

            D’ailleurs, les Évangiles montrent que les disciples de Jésus sont habitués à échouer dans plusieurs domaines : par exemple, ils n’ont pas compris les annonces de la Passion, ils ont été incapables de chasser certains démons, ils ont abandonné Jésus au moment de son arrestation. Pierre a renié son Maître trois fois. Malgré tout, ces épisodes ne marquent pas la fin de leur vocation ni de leur ministère. Ces échecs sont devenus, au contraire, des étapes essentielles de leur enseignement.

Finalement, la lecture de Mc 9. 14-29 nous amène à comprendre que l'échec n'est pas nécessairement un verdict divin mais peut devenir un espace privilégié de formation spirituelle. En Jésus-Christ, la croix transforme la signification de la faiblesse : elle n'est plus seulement le signe d'une défaite, mais le lieu où Dieu manifeste son amour, sa fidélité et sa puissance salvatrice. Ainsi, l'échec dans le ministère  peut être compris comme une pédagogie de la foi lorsqu'il conduit le pasteur à renoncer à la quête de gloire coûte que coûte, à approfondir sa confiance en Dieu et à conformer sa vie au Christ crucifié et ressuscité.

C’est pour dire que la question du succès ne peut être abordée en théologie à partir de la fécondité d’un ministère lorsqu’il exerce une influence médiatique importante ou manifeste des phénomènes extraordinaires susceptibles de susciter l’admiration des fidèles. Dans la Bible, le succès n’est jamais une valeur autonome. Il dépend de la relation entre et son serviteur. Ce qui importe avant tout n’est pas le résultat obtenu, mais la fidélité a la volonté de Dieu. Cette distinction, selon l’étude de Mc 9.14-29, nous amène à comprendre que les résultats de tout ministère appartiennent à Dieu et la fidélité à Dieu incombe à son serviteur. Dit autrement, le succès d’un ministère est un don de grâce et non le fondement de la légitimité du serviteur. À cet effet, la véritable question qu’un serviteur de Dieu, appelé, se pose n’est donc pas : « Mon ministère est-il couronné de succès ? », mais plutôt : « Suis-je demeuré fidèle à l'appel reçu du Christ ? » C'est une interrogation qui doit orienter toute vocation pastorale. Car, le succès d’une vocation pastorale ne réside pas dans une progression continue vers la victoire, mais dans une obéissance qui se déploie malgré les résistances et les échecs. Pour ce faire, l’autorité spirituelle ne procède pas d’une efficacité personnelle, mais de la présence de Dieu qui l'accompagne : « Je serai avec toi » (Ex 3,12). Cette promesse constitue le véritable fondement du ministère authentique.

                                                                                             Jimi ZACKA, PhD

Notes bibliographiques 

1.     Ouvrages consultés

Anderson A., An Introduction to Pentecostalism: Global Charismatic Christianity, 2nd ed(Cambridge: Cambridge University Press, 2014),

Barth,K.,  Church Dogmatics, vol. IV/2, The Doctrine of Reconciliation, ed. G. W. Bromiley and T. F. Torrance, trans. G. W. Bromiley (Edinburgh: T&T Clark, 1958),

 Chambers, O.,  My Utmost for His Highest, ed. James Reimann (Grand Rapids, MI: Discovery House Publishers, 1992

 Chan, S.,  Pentecostal Theology and the Christian Spiritual Tradition (Sheffield: Sheffield Academic Press, 2000),

 Edwards,J.E.,  The Gospel according to Mark, Pillar New Testament Commentary (Grand Rapids: William B. Eerdmans Publishing Company, 2002),

 Evans,  C. A.,  Mark 8:27–16:20, Word Biblical Commentary 34B (Nashville: Thomas Nelson, 2001),

 Fancello, S.,  « Pasteurs et sorciers en procès : l'affaire Béhanzin (Côte d'Ivoire). » Politique africaine, 2011,

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 Garland, D.E.,  A Theology of Mark's Gospel: Biblical Theology of the New Testament (Grand Rapids: Zondervan Academic, 2015),

 Lane, W. L. The Gospel According to Mark, New International Commentary on the New Testament, Grand Rapids: Eerdmans, 1974,

 Marcus, J.,  Mark 8–16: A New Translation with Introduction and Commentary, Anchor Yale Bible 27A (New Haven: Yale University Press, 2009).

 Nouwen, H. J. M,  The Wounded Healer: Ministry in Contemporary Society (New York: Doubleday, 1972

 Rünacher,C.,  Croyants incrédules. La guérison de l’épileptique (Marc9.14-29), Paris : Cerf, 1994

 U Stein, r.,  Mark, Baker Exegetical Commentary on the New Testament (Grand Rapids: Baker Academic, 2008),

 Yarbro Collins,A.,  Mark: A Commentary, Hermeneia (Minneapolis: Fortress Press, 2007

 Zacka, J. Possessions démoniaques et Exorcismes dans les Églises Pentecôtistes d’Afrique Centrale, Yaoundé : CLE, 2010

2.    Liens consultés

https://www.nasuba.info/sport-culture/proliferation-des-eglises-en-afrique-faux-pasteurs-miracles-truques-et-derives-religieuses consulté le 02/07/2026

https://ouragan.cd/2025/10/kinshasa-un-faux-miracle-eclabousse-leglise-de-joel-francis-tatu consulté le 02/07/2026

https://www.jeuneafrique.com/190434/societe/nigeria-david-oyedepo-le-pasteur-millionnaire/ consulté le 02/07/2026.

https://www.afrik.com/faux-pasteurs-en-afrique-quand-la-religion-devient-un-business?

 

 

 

 

 

 

              

 

 

 

 

 

 

 

 

 




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