jeudi 15 mars 2018

RITUELS ET SACRIFICES : LA QUÊTE D’INVULNERABILITE SOCIALE EN AFRIQUE.


  


Introduction   
 
 Sacrifier, dans la plupart des cultures africaines, est un acte si fréquent, si quotidiennement répété – si banal donc - qu'en dépit de ses modalités infiniment variées et de ses implications de toute évidence riches de sens, il tend paradoxalement à échapper à l'attention et à n'être que rarement reconnu comme un sujet d'étude en soi. Pourtant, par sa quasi universalité, le sacrifice apparait à l'esprit de beaucoup comme l'acte religieux par excellence et le seul peut-être exclusif de ce système de croyances.
     Étudier les rites sacrificiels dans une société africaine donnée ne peut être qu'une entreprise d'envergure puisque par lui c'est à tous les paliers de l'institution religieuse qu'on accède. Privilégier tel ou tel aspect du sacrifice risque donc d'en amoindrir voire d'en déformer le sens. Seule, nous a-t-il semblé, une approche volontairement globale et fondée sur un recueil systématique et même, dans la limite du possible, exhaustif de données précises peut rendre compte objectivement de cet ensemble complexe de rituels qu'est le sacrifice.
     Outre ce qui précède, il serait malvenu d’ignorer  qu’en Afrique, le pouvoir des rites sacrificiels dans la quête des  solutions spirituelles est incontournable voire nécessaire. L’homme africain est en effet dans la recherche de la perfection individuelle menant au désir d’être rempli par la force divine, et donc de cheminer dans un état permanent d’invulnérabilité sociale.  De ce fait, le rituel sacrificiel lui permet de franchir le fossé de la mort et de se rendre invulnérable contre les forces obscures, d’acquérir la prospérité adéquate au-delà de ses aspirations[1]. C’est ainsi que beaucoup d’africains y croient fermement et y ont recours pour soigner des maladies, faciliter le mariage, trouver un emploi, provoquer la chance ou décrocher un poste important.
     Mais les questions qui se posent, sont celles-ci : Qu’est-ce donc qu’un sacrifice ? Quelle est sa fonction ? Quels sont ses enjeux ? Les réponses à ces questions semblent aller de soi, tant la terminologie sacrificielle est entrée dans le langage courant.  Ainsi, avant même de décrire le sacrifice tel que le présente la Bible, il convient donc de commencer par clarifier la question des définitions. Ce point est d’autant plus important que, par un singulier retournement, l’acception profane est devenue, de fait, une clé d’interprétation inconsciente pour déterminer la fonction du rite sacrificiel et en a complètement faussé le sens. Nous allons ensuite commenter le déroulement habituel des rituels sacrificiels dans l’AT afin d’en avoir une idée claire.  Enfin, par souci contextuel, nous aborderons la question des rituels sacrificiels  dans les cultures africaines et les enjeux qui s’en imposent. Le but est d’en tirer une conclusion du point de vue socio-anthropologique.

Sens des  rituels sacrificiels

     Le plus souvent employé sous forme pronominale, le verbe « sacrifier » est généralement associé aux notions de dévouement, de renoncement, de privation d’un bien, et même de sa propre vie, et cela au service d’une cause, le martyre apparaissant ainsi comme la forme suprême du sacrifice. Cette conception implicite du sacrifice, centrée, non sur le destinataire, mais sur le sacrifiant, est aux antipodes de la définition qu’en donnent les historiens des religions qui caractérisent le sacrifice comme un rite cultuel par lequel un sacrifiant transmet un objet à une divinité, et donc le fait passer du domaine profane au domaine sacré[2]. L’étymologie, quant à elle, rattache « sacrifier » au latin sacrificare, un composé de sacrum facere, faire un acte sacré[3].

Le sens  du sacrifice chez le peuple juif dans l’AT

  Dans l’AT, le sacrifice est, tout d’abord, un don fait à Dieu. Il fait partie de ce que l’AT qualifie de qorban, littéralement « rapprochement», un terme qui englobe toutes les formes d’offrandes à Dieu, celles qui sont détruites et lui sont directement transmises par combustion sur l’autel, celles qui sont versées au trésor du temple et celles qui sont destinées aux prêtres et réservées à leur usage. Parmi ces offrandes, seules les premières peuvent être qualifiées de « sacrifice » au sens strict du mot. Pour caractériser le sacrifice proprement dit, la Bible emploie, plus précisément, deux termes, qui sont complémentaires[4].
     Le premier, le plus fréquent, est zèbach, un dérivé du verbe zabach, (sacrifier), dont provient également mizbéach (autel). Utilisé, de même que zabach, dans un sens générique recouvrant toutes les formes du sacrifice animal, ce terme désigne aussi le sacrifice de communion, une catégorie de sacrifice où la matière sacrificielle est partagée entre Dieu, les prêtres, le sacrifiant et ses invités. Zèbach représente le sacrifice sous l’aspect du repas. Comme l’indiquent ses emplois profanes, zabach, c’est tuer un animal et l’apprêter de manière à pouvoir le consommer. On voit ainsi la nécromancienne d’Eïn-Dôr « sacrifier » un veau et cuire des pains, puis servir le tout à Saül et ses compagnons qui étaient venus chez elle pour évoquer l’esprit de Samuel (1 Sm 28, 24-25). « Sacrifier » désigne ici l’ensemble du processus de préparation du veau, depuis sa mise à mort jusqu’à sa cuisson (Dt 12, 15 ; Ez 34, 3).
     L’autre terme dont se sert la Bible est minchah (présent, tribut). Dans ses emplois profanes ce terme caractérise le présent que le sujet ou le vassal remet à son suzerain en signe d’hommage et de soumission. La rébellion, à l’inverse, se traduit par le refus d’offrir une minchah. Ainsi les opposants à l’élection de Saül, qui contestent sa capacité à libérer Israël de la domination philistine, refusent de lui apporter une minchah (1 Sm 10, 27) et le roi Osée, après son alliance avec l’Égypte, cesse de verser au roi d’Assyrie la minchah, le tribut annuel, auquel il était assujetti (2 R 17, 3-4). La minchah apparaît ainsi comme une marque de reconnaissance de la suzeraineté divine, un aspect sur lequel le Lévitique mettra tout spécialement l’accent. De là l’obligation faite à tout Israélite de se présenter trois fois par an devant son Dieu et de lui apporter un présent (Ex 23, 15b.17 ; 34,20b.23-24). Minchah, au sens étroit, désigne l’offrande végétale[5].
     Les sacrifices ne sont pas, pour autant, destinés à nourrir Dieu. La Bible ne considère jamais que le sacrifice a pour fonction d’assurer la subsistance de Dieu. Le psalmiste le dit clairement : Dieu n’a nul besoin de sacrifices, lui à qui appartiennent tous les animaux (Ps 50, 10-13). Et le prophète renchérit : tous les arbres du Liban et tous ses animaux n’y suffiraient pas (Is 40, 16). Le repas auquel on invite Dieu ne sert pas à son alimentation, il est essentiellement un geste de vénération. Et il est l’expression d’un désir de convivialité et donc, d’une relation plus forte, plus profonde, plus personnelle que celle qui pourrait résulter de l’offrande d’un simple présent. 
     Comme on ne paraît pas devant un roi terrestre sans lui apporter un présent qui le dispose favorablement envers le suppliant, de même on ne paraît pas devant l'Éternel les mains vides (Ex 34:20). C'est le sens évident des premiers sacrifices mentionnés dans la Bible, ceux de Caïn et d'Abel (Ge 4:3-5, cf. Jug 6:17-21 13:13-21,1Ro 3:4 et suivants, etc.).
     Sous cette signification générale percent d'anciennes notions qui n'étaient peut-être pas toujours conscientes chez les sacrifiants  et qui ont fini par disparaître complètement pour faire place à des notions plus spirituelles. Ces anciennes notions expliquent la raison pour laquelle on offrait à Dieu certaines choses plutôt que d'autres, les termes que l'on employait pour exprimer l'effet produit sur la divinité et le sens que l'on donnait aux sacrifices dans des occasions spéciales.
     C'est de là que vient l'expression « sacrifice de bonne odeur » (litt., odeur d'apaisement) pour désigner un sacrifice agréable à l'Éternel. L'expression se trouve pour la première fois à propos du sacrifice de Noé (Ge 8:21) ; l'ensemble de la phrase a encore une tournure très primitive : « Et l'Éternel flaira un parfum de bonne odeur, et il dit en son coeur... » Dans les temps postérieurs,  il va sans dire qu'on ne prit plus l'expression au pied de la lettre, mais on continua à l'employer : elle est très fréquente dans Ézéchiel et dans le Code sacerdotal (post-exilique), où elle n'a plus qu'une valeur figurée. C'est la même signification figurée que revêtent l'expression « aliment de Dieu » appliquée au sacrifice (Le 21:8-17, Sg. ; cf. Le 3:11,16) et celle de « table de Dieu » appliquée à l'autel (Mal 1:7) ; mais l'existence même de ces termes suppose à l'origine une conception très naturaliste des offrandes que l'on faisait à la divinité. Les prophètes et les représentants supérieurs de la religion sont arrivés plus tard à une notion purement spirituelle des sacrifices, (cf. Ps 50),  mais on peut se demander si la notion première d'une chose dont la divinité avait besoin pour elle-même n'existait pas encore à l'état latent dans les conceptions populaires. C'est ce qui expliquerait le zèle que l'on mettait à multiplier les sacrifices, quand on voulait honorer Dieu d'une façon particulière. Peut-être aussi ne continuait-on à les présenter parce qu'ils étaient la coutume antique et sacrée d'adorer l'Éternel, et ne se mettait-on pas en peine de savoir pourquoi Dieu voulait être adoré de cette façon-là plutôt qu'autrement. En tout cas, le sacrifice était l'acte religieux par excellence, celui dans lequel et par lequel l'homme s'approchait de son Dieu et se mettait en relations personnelles avec Lui[6].
Fonction des rites sacrificiels dans l’AT
     En outre, les sacrifices ne créaient pas seulement un lien entre les hommes et Dieu ; ils unissaient plus étroitement les hommes entre eux. Les mêmes sentiments animaient ceux qui se présentaient ensemble devant l'autel, et dans le repas. Car, les participants mangeaient des mêmes victimes dont une partie avait été offerte à la divinité. Ils se sentaient unique devant Dieu. Les sacrifices réguliers étaient donc des fêtes de famille ou des fêtes d'une communauté plus étendue dans lesquelles s'affirmait tout à nouveau la solidarité des membres les uns avec les autres. (cf. 1Sa 1:1 9:13 20:6). Les sacrifices individuels devaient être rares dans l'ancien Israël, sauf occasions spéciales (Jug 6:19 et suivants, Gédéon ; 1Ro 3:4, Salomon, etc.). Dans les repas qui accompagnaient les sacrifices de communauté, la joie pouvait dépasser quelquefois les bornes du permis ; voir les reproches d'Héli à Anne (1Sa 1:13 et suivant). Pourtant des règles assez strictes étaient imposées à ceux qui voulaient s'approcher de l'autel : il fallait laver ses vêtements, s'abstenir de tout ce qui était impur (Ex 19:10 et suivants), et même avoir auparavant renoncé aux relations conjugales pendant quelques jours (1Sa 21:5, cf. Ex 19:15).
Le déroulement des rites sacrificiels dans l’AT
     Sur le rituel du sacrifice, les lois anciennes ne donnent que de rares indications. Elles précisent que le premier-né de la vache ou de la brebis, qui appartient de droit à l'Éternel, comme les prémices de la moisson et de la vendange, ne peut être présenté à l'autel que huit jours après sa naissance (Ex 22:30) ; elles interdisent de cuire un chevreau dans le lait de sa mère (Ex 23:19 34:26, De 14:21), d'offrir avec du pain levé le sang de la victime sacrifiée et de garder sa graisse jusqu'au matin (Ex 23:18). D'après Ex 34:25, cette dernière prescription vise spécialement le sacrifice de la Pâque. La défense de cuire un chevreau dans le lait de sa mère avait sans doute pour origine une croyance superstitieuse ; ce n'était pas affaire de sentiment. L'emploi du pain levé était autorisé dans certains sacrifices (Am 4:5).
     Le Deutéronome n'est guère plus explicite que les premières législations. Il donne la liste des animaux purs et impurs (De 14:4-20) ; il fixe la part qui revient aux prêtres dans les sacrifices d'actions de grâces et leur attribue la jouissance des prémices (De 18:3 et suivant); il ajoute, pour la présentation de ces dernières qui doivent être tout d'abord déposées devant l'autel (De 26:1-11), une très belle liturgie indiquant la manière de procéder, avec la prière à prononcer par l'Israélite. C'est un morceau unique en son genre avant l'exil.
     Pour avoir quelques renseignements précis sur le rituel des autres sacrifices, il faut recourir aux livres historiques[7]. Les principaux passages sont Jug 6:19,21,13:15,20, qui parlent des holocaustes de Gédéon et de Manoah, le père de Samson, et 1Sa 2:12,17, qui raconte la façon fâcheuse dont les fils d'Héli réclamaient leur part dans les sacrifices d'actions de grâces. Il résulte de ces passages que la chair des victimes était ordinairement bouillie avant d'être brûlée sur l'autel, soit tout entière (holocauste), soit en partie (la graisse dans les sacrifices d'actions de grâces), que les prêtres recevaient ensuite leur part et que le reste servait au repas des sacrifiants. Les fils d'Héli en revanche voulaient avoir de la viande crue pour pouvoir la rôtir, et ils se servaient eux-mêmes dans la marmite, avant qu'elle fût entièrement bouillie et avant qu'on eût brûlé la graisse sur l'autel. C'est le sens le plus naturel du passage 1Sa 2:12-17. D'autres interprètes le comprennent autrement : ils pensent que la graisse était brûlée crue sur l'autel, et que les fils d'Héli réclamaient leur portion en viande crue avant même que l'Éternel fût servi (voir verset 158) ; mais l'ensemble du passage n'est pas favorable à cette interprétation, qui est suggérée par le désir de faire disparaître toute différence entre la coutume ancienne (viande bouillie) et la coutume postérieure qui était de brûler crue la chair présentée à l'autel (voir Lévitique).
     Mais si la chair était ordinairement bouillie, elle ne l'était pas en toute circonstance. Le rituel de la Pâque (Ex 12:1-11), probablement très ancien, quoique nous ne le connaissions que par le Code sacerdotal, prouve que dans certains cas la viande était consacrée crue à l'Éternel et mangée rôtie par les sacrifiants. Il est du reste possible que le rituel ne fût pas le même dans tous les sanctuaires et qu'il y eût différentes manières de présenter la chair à l'autel.
     Les passages No 23:1,3,1Sa 7:9; 1Ro 18, 30,39 concernent des faits spéciaux et ne peuvent servir à préciser le rituel des sacrifices ordinaires ; de même tous les autres passages où les sacrifices sont mentionnés sans aucun détail sur la manière de procéder.
     Un rituel particulier était celui des sacrifices d'alliance[8]. Les victimes étaient coupées par le milieu, les morceaux séparés étaient placés en face l'un de l'autre, et les contractants passaient entre ces morceaux (Ge 15:9,17Jer 34:18). La forme n'est pas la même dans Ex 24 : une partie du sang des victimes est offerte à Dieu sur l'autel et l'autre partie est répandue sur le peuple (verset 6,8) ; mais le sens est identique : les contractants sont unis par le fait qu'ils ont passé entre les mêmes victimes ou qu'ils ont été aspergés de leur sang[9].  Le sang, surtout dans le cas d’un sacrifice pour « le péché », servirait ainsi à expier les péchés. Cette interprétation s’appuie notamment sur Lv 17, 11 : « Car la vie de toute chair est dans le sang, et moi je vous l’ai donné sur l’autel pour faire l’absolution, kappér, de votre vie, car le sang, par la vie, réalise l’absolution.» Or, si ce passage, comme le fait d’ailleurs déjà Gn 9, 4, associe effectivement sang et vie, il est à noter qu’il n’y est pas question d’offrir une vie à Dieu. C’est-à-dire, le sang n’est pas offert par le sacrifiant à Dieu, il est donné par Dieu au sacrifiant, cela en vue de lui permettre de se réconcilier avec lui. Sa fonction est, en somme, analogue à celle du sang pascal mis sur les montants et les linteaux de la porte, et qui sert de signe, non d’offrande, pour protéger de la mort ceux qui se trouvent à l’intérieur de la maison (Ex 12, 7.12-13). Le sang du sacrifice pour le «péché» est, de même, destiné à faire pièce à tout ce qui est facteur de mort et qui entrave la relation avec Dieu. En fait, le rite du sang, même s’il appartient à la phase proprement sacrificielle du rituel, n’est lui-même qu’un préalable au rite de la combustion qui, lui, en est le point d’aboutissement.
     En outre, en évoquant le sacrifice du sang, nous ne pouvons passer sous silence le  sacrifice humain.  C'était la façon extrême d'offrir à la divinité une victime qui la disposât favorablement à l'égard des hommes. Les rituels des sacrifices humains n'ont jamais été légalement admis en Israël. Cependant quelques récits nous montrent qu'ils n'étaient pas absolument contraires aux conceptions de la religion populaire, et qu'ils ont existé à certains moments ; par exemple au temps de Jephté (Jg 11:29-31 34-40).  Le sens du récit est très clair, quoique l'auteur omette de préciser tous les détails. Jephté promet, si Dieu lui accorde la victoire sur les Ammonites, d'offrir en holocauste à l'Eternel la première personne qui, des portes de sa maison, viendra à sa rencontre ; c'est malheureusement sa fille qui sort la première au-devant de lui, avec des tambourins et des danses, et le père doit accomplir sur elle le voeu qu'il a fait (v.39). L'histoire n'est peut-être qu'une légende, mais elle n'a pu naître que dans un milieu où l'on admettait la légitimité des sacrifices humains ; Un autre cas, très probablement historique, est celui de Hiel, de Béthel, qui rebâtit Jéricho : il en posa les fondements au prix d'Abiram, son premier-né, et il en posa les portes au prix de Ségub, son plus jeune fils. Il s'agit ici de « sacrifices de fondation » qui étaient usités chez les Cananéens. On immolait des enfants et on plaçait leurs cadavres sous les murs ou sous les portes des maisons pour en éloigner les mauvais esprits, anciens possesseurs du sol. On a retrouvé les traces de semblables sacrifices dans les fouilles faites à Méguiddo, à Thaanac, à Guézer. Plus tard, sous l'influence du cananéisme toujours vivace et des coutumes païennes qui s'infiltraient en Israël grâce aux relations plus étroites avec les autres nations, les sacrifices d'enfants, spécialement les sacrifices des premiers-nés[10], se multiplièrent. D'après 2Ro 16:3, Achaz déjà (735-720) fit passer son fils par le feu, mais c'est à l'époque de Manassé (692-640) que cette coutume abominable eut sa plus grande extension (2Ro 21:6 23, 10, Jr 7, 31 19:3 32:35Eze 23, 37 ; 16 , 20). Le dieu auquel les enfants étaient sacrifiés est appelé tantôt Baal, tantôt Moloc, parce que c'étaient les dieux qui réclamaient de pareils sacrifices ; mais, d'après Jr 7, 31, les Israélites les offraient en réalité à leur Dieu national, l'Eternel ; sans cela le prophète, parlant en son nom, ne dirait pas : « chose que je n'avais point commandée et qui n'était point venue à ma pensée ». Les sacrifiants eux-mêmes l'invoquaient sans doute pour justifier leurs sombres offrandes le passage Ex 22, 29 : « Tu me donneras le premier-né de tes fils », qu'ils interprétaient littéralement. Ézéchiel admet peut-être la même interprétation (20:26), mais il a soin d'ajouter que Dieu n'a donné un tel commandement que pour augmenter les péchés d'Israël : « afin qu'ils se souillent par leurs dons et que je les mette en désolation ». Autant dire que ces sacrifices sont absolument contraires à la vraie volonté de Dieu. D'après Ex 34, 20, les premiers-nés devaient être rachetés, et c'est également le sens de Ex 22:29.
     Mais, il convient de souligner que les sacrifices humains étaient contraires à tout esprit de la religion d'Israël. Ils sont condamnés par la loi (De 12:31 18:10, Le 18:21 20:2 et suivants) et combattus énergiquement par les prophètes (cf. les passages de Jérémie et d'Ezéchiel, cités plus haut, et en outre Mic 6, 7Jer 3, 24Ps 106:38). Jérémie en particulier est très vif contre le haut-lieu de Topheth dans la vallée de Hinnom (voir ce mot), qui semble avoir été réservé aux sacrifices d'enfants (Jer 7:31; 19:5, cf. 2Ro 23:10). On peut voir dans l'histoire du sacrifice d'Isaac (Ge 22) une antique mise en garde contre de pareils sacrifices. Dieu a le droit de réclamer le fils qu'il a donné, mais il ne veut pas qu'il soit mis à mort ; il le fait remplacer par un bélier[11].
     Toutefois,  il est à noter que la valeur spéciale du sacrifice venait de l'intention spéciale de celui qui l'offrait. Or, il va de soi que quand on avait intérêt à obtenir une grâce particulièrement importante, comme le rétablissement des relations normales avec Dieu, on offrait un sacrifice qui coûtât davantage qu'un autre, et une victime animale valait plus qu'une offrande de vin ou de fruits. Un sacrifice propitiatoire ne se faisait donc pas, dans la règle, sans effusion de sang. Le sacrifice annuel de la Pâque nous permet cependant de penser que la signification spécifique du sang n'était pas inconnue à l'ancien Israël ; ce sacrifice avait une portée propitiatoire, et le rite indique que sa valeur résidait dans l'aspersion du sang, à laquelle on attribuait le pouvoir de mettre les hommes à l'abri du châtiment divin.
     Il convient du reste de remarquer que l'on cherchait à éloigner la colère de Dieu non pas seulement par des sacrifices, mais dans certains cas avant tout par la prière et par le jeûne (y. ces mots). Pour la prière, cf. Jos 7:6 et suivants ; pour le jeûne, 1Sa 7:6Jg 20:26, 2Sa 12:16, 1Ro 21:12-27. Dans d'autres cas, le jeûne était simplement un signe de tristesse et de deuil (2Sa 1:12 3:35). Au terme de cet aperçu biblique, que peut-on dire des rites sacrificiels dans le contexte africain, notamment dans les cultures africaines? 
les  rituels sacrificiels  africains : fonctions et enjeux
     Même si Emil Fackenheim, dans l’un de ses ouvrages, affirme que « l'homme primitif avait peur de l'inconnu; il le peuplait donc de divinités colériques et irascibles. Que leur colère fut justifiée ou non, il fallait apaiser leur courroux, ce qu'il faisait en leur sacrifiant les produits des champs, les bêtes de moindre valeur comme les volailles ou plus précieuses, comme le bœuf ou le bélier, et même ses propres enfants, lorsque la fureur de la divinité était extrême[12]», contrairement à une telle affirmation, l’homme africain croit que les  sacrifices rituels entretiennent des liens mystiques et lui permettent de communier aux puissances de la nature[13] et de se définir par sa relation à Dieu et aux ancêtres.
     Ainsi donc, il ne faut pas se leurrer. Les pratiques sacrificielles en Afrique centrale, à l’instar d’autres régions africaines, intimement liées à la notion de sacré, comme nous l’avons vu dans l’AT,  peuvent être appréhendées à plusieurs niveaux : d'une part, celui de la magie et de la sorcellerie, d'autre part, celui des rituels qui tendent à réactualiser le sacrifice primordial de deux créatures mythiques. En effet, les pratiques sacrificielles font appel à des entités mythiques ou ancestrales. On les invoque pour obtenir leur concours sous des formes multiples. Mais, quelle que soit la nature de l'invocation (bénéfique ou maléfique), tous les rites de type sacrificiel tendent à réaliser la jonction de deux plans d'existence : celui des désincarnés, dans le monde supra-physique et celui des réincarnés, dans le monde physique[14]. Il s'agit de tous les éléments qui constituent la cosmogonie africaine, lieu de la destination de tous les sacrifices.

Résultat de recherche d'images pour "images de sacrifices d'animaux en afrique"La cosmogonie africaine destinataire des rites  sacrificiels
Si dans l’AT, nous avons relevé que le destinataire du rite sacrificiel était uniquement Dieu, dans la culture africaine il peut être destiné à plusieurs entités appartenant aux deux mondes (visible et invisible).  Ces deux mondes  n'en font qu'un[15]. Ils se traduisent concrètement, pour l'homme, par le changement et le mouvement incessant entre le "pays natal" (l'au-delà) et le "campement" (la terre), entre lesquels l'homme effectue un va-et-vient : "nous venons, nous retournons". Dans cette dimension de l'unicité du monde, la vie terrestre est considérée comme une étape inférieure, conçue comme une chute de l'être en l'état où il est revêtu d'une forme. L'homme se réfère à son passé immatériel par l'intermédiaire de la chaîne des entités spirituelles sollicitées. Il vise à acquérir une faculté qui n'est à la disposition des vivants que par des moyens de sacrifices rituels adéquats. Il devient, alors, un manipulateur du sacré en faisant agir des forces supérieures à lui mais qui demeurent, toutefois, sous son contrôle et en sa faveur, temporairement néanmoins. En vue de réaliser la jonction des deux plans d'existence, on fait intervenir soit des supports de symboles — dans le contenu desquels entrent des éléments d'origine humaine, animale, végétale et minérale — soit des pratiques sacrificielles.
     Ainsi, le rite sacrificiel se place au carrefour de la nature, de la société, de la culture, de la religion. C'est une pratique périodique, à caractère public ou privé, assujettie à des règles précises, dont l'efficacité extra-empirique s'exerce en particulier dans le monde invisible. Il conduit l'homme à saisir dans un ordre autant qu'à la source d'une puissance capable d'autres liens et d'autre ordre.

Les pratiques sacrificielles et leurs fonctions

     Les pratiques sacrificielles sont plurielles en Afrique. C’est un ensemble ordonné de gestes et de paroles stéréotypés accomplis dans un cadre religieux ou ésotérique. Ainsi, le sacrifice s'apparente toujours à une cérémonie : chacun des participants a une place qui est le reflet de son statut et doit respecter le rôle qui lui est assigné. Dans ce sens il traduit à la fois l'existence d'idéaux communs et l'asymétrie des relations entre les acteurs. Il est un ensemble de rôles qui rappellent à tous les valeurs du groupe. La diversité d'événements importants dans la vie sociale en Afrique, explique plusieurs rites sacrificiels avec des fonctions très diverses.
     Il y a des rites de sacralisation liée à la naissance, à l’initiation, au mariage, à  la mort, mais il y a également les sacrifices de la médiation des forces de l'univers invisible et leur relation avec les vivants d'ici-bas dans la totalité de leurs activités (moissons, chasses ou pêches), dans leur désir de cohésion (repas de communion), de solutions des conflits (palabre), de continuité lignagère ou clanique (mariage). Les différents rites sociaux permettent à la société de se reproduire et aux individus de s'y intégrer. Le rite sacrificiel est un acte visant l'abolition d'une forme du temps et à imaginer une nouvelle manière d'être à soi-même et au monde. Il renferme un sens de conversion du sujet et de sa participation à des forces qui le dépassent en son immédiateté, conversion des circonstances et des conditions. 
     Comme souligné ci-haut, de même que cela se passe  chez les juifs, il y a trois types de rites sacrificiels très ancrés dans les cultures africaines : 
-         Le sacrifice  expiatoire dont la finalité est de faire disparaître la malédiction. Ce rituel sacrificiel est toujours précédé d'un aveu des fautes commises. Le lieu normal où un tel sacrifice est offert est, soit la frontière du village quand c'est la communauté qui est concernée, soit à la croisée de chemin ou au bord d'un ruisseau si l'expiation ne concerne qu'un individu ou les membres d'une famille.
-         Le sacrifice d'action de grâce. C'est un sacrifice pour dire merci. Cela a lieu quand la communauté ou une personne a bénéficié de quelque faveur de la part de Dieu (moisson,  naissance, réussite sociale, etc). 
-         Le sacrifice de quête de faveur ou de prospérité  est un composant essentiel du rituel; il est un moment important, symboliquement pertinent, chargé de pouvoir ; il est un acte qui doit permettre à ceux qui l'exécutent de dire quelque chose sur eux-mêmes ou sur la société dont ils sont membres d'une part et d'autre part de faire entendre des puissances dont les activités ne vont pas sans conséquence pour l'état d'ordre ou de chaos du cosmos. L'acte sacrificiel demande ici l'usage d'un support qui est souvent un animal domestique (mouton, poulet, etc). L'interprétation donnée aux intentions qui animent les acteurs de l'événement sacrificiel est très variable.  L'objectif peut être la libération d'une force nécessaire à la revitalisation du corps social, désir d'expiation des fautes collectives ou individuelles, l'annulation d'une pollution, l'apaisement des entités spirituelles, l'obtention de leur bienveillance, leur protection, communion avec elles ou inversement les éloigner.
Pour ce type de rite, accroupi devant l'autel, le sacrifiant commence un long discours qui comporte d'abord un "exposé des motifs" : genèse des faits et description du cas avec toutes les précisions utiles. Vient ensuite l'énoncé des requêtes, c'est à dire la formulation sans détours de ce que l'on attend : pitié, pardon, santé, enfants, récoltes... biens dont la liste est évidemment sans fin, mais dont le choix doit rester en rapport avec les compétences personnelles de l'entité devant l'autel de laquelle on se présente. Enfin, pour terminer, sont décrits avec précision les dons qui seront faits en retour : animaux qui seront sacrifiés, actions expiatoires diverses, bains de purifications rituelles.
Les rites sacrificiels et les enjeux
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     Comme pour l'intervention d'un support de symboles, tout acte sacrificiel, individuel ou collectif, est toujours accompagné de paroles et de récits qui lui assignent sa destination. Tout sacrifice fonde le « présent » de l'africain et le justifie quotidiennement en tant que participant de la communauté. La plupart des rites sacrificiels, en tant que recherche d'ordre et d'équilibre social, de relation et d'union avec les Ancêtres, comportent toujours soit une offrande, soit un sacrifice sanglant. De même que la prière sacrificielle constitue un autre langage par lequel l'Africain exprime sa religiosité. Le rite sacrificiel est l'un des rites les plus permanents et les plus indispensables pour l’africain. Suivant le type de sacrifice, il peut avoir un rite préparatoire, un rite proprement dit et un rite final. Cette identification n'est pas appliquée à tout sacrifice de façon catégorielle. Cependant la réalité de trois phases reste une évidence. Le sacrifiant ne peut pas faire omission d'une phase.

Dans un sacrifice sanglant, toute une série d'éléments déterminent la sémantique de la mise à mort. Le processus de l'acte sacrificiel  doit être méthodiquement suivi sans aucune erreur : présentation de l'animal à la divinité, destinataire du rite, consécration, invocation, immolation. La structure d'ensemble de l'activité rituelle se résume à trois points : les modalités de traitement de l'animal avant la mort, la technique de mise à mort, l'usage du corps (découpe, partage, consommation). 

En effet, soulignons-le,  les animaux ne sont pas souvent choisis par hasard. Ils sont choisis selon leur nature et leur couleur sur le plan spirituel. Le sang versé de ces animaux symbolise la force vitale, la vie, ce qui lie les personnes d'une même famille. Par le sacrifice sanglant, il y a lieu de le dire, l'africain vise le rétablissement d'un ordre perdu, l'expiation de péché, l'accueil, etc. Plusieurs circonstances peuvent faire l'objet de sacrifice sanglant mais l'accès à la symbolique du sang requiert la compréhension du rite. Car le sang en lui-même est vide de sens. C'est le rite dans une société donnée et en une circonstance particulière qui revêt le sang de sens. Toute personne, bien que n'étant pas présente au lieu du sacrifice mais qui mangerait de la viande de la victime s'approprie mystiquement le mystère du sacrifice. Il devient lui-même participant et bénéficiant de l'acte posé. Le sang matériau physique revêt une forme mystique pour permet aux sujets de rendre leur vie sociale présente vivante et en harmonie avec tout l'univers. C’est dire que dans la mort rituelle d'un animal, le sang recueilli puis accompagné de parole ou de gestes change de substance. La matérialité n'étant pas changeante, le sang du sacrifice n'est plus le sang biologique mais il devient ce que la société veut qu'il soit : matériau de cohésion, de réconciliation, d'accueil, de purification, de communication. Ce sang du sacrifice devient à cause du rite diffèrent de tout le sang biologique. Le sens du sang sacrificiel reste tout de même l'apanage des initiés. Toute personne étrangère à la sphère sociale peut ne pas accéder au symbolisme de ce sang-là.
     Chez certains peuples africains, on ne fait aucune distinction terminologique entre sacrifice sanglant et sacrifice sans effusion de sang. Ici, les puissances responsables des maladies sont représentées comme des entités assoiffées de sang. Elles agissent aux dépens du bien-être des hommes, qui ne peuvent échapper à leur destin et dont la seule chance de garder la vie est de leur plaire en leur offrant un sacrifice. Mais celui-ci n'est pas obligatoirement sanglant. À défaut de sacrifice d’animaux, se laver avec  une décoction de feuilles d’une plante donnée est également efficace. Ces feuilles sont ensuite jetées dans un endroit précis : un carrefour, bord d’un fleuve, etc. Dans la culture africaine, notons-le, les plantes occupent une place importante tant dans la médecine que dans l’épanouissement général de l’homme. Le rôle purificateur des plantes peut changer la vie de l’homme, le rendre même invulnérable contre les attaques de l’ennemi.             
     Au final,  la fonction du rite sacrificiel est à rechercher non pas dans les finalités des expériences, mais dans ses caractéristiques propres, à savoir celles qui le font apparaître comme un moyen de régler les rapports entre ce qui est donné dans l'existence humaine et ce qui la dépasse, puisque nous avons affaire précisément ici à des conditions qui ne trouvent pas leur explication dans la condition matérielle de l'homme mais qui, pourtant, lui sont étroitement liées. La nécessité de la ritualisation telle qu'elle apparait dans la société africaine est impliquée dans le fait que, par sa nature, l'Africain ne peut ni s'enfermer dans sa condition ni s'en échapper totalement. Il y est pris totalement. Le sens profond du sacrifice prend forme dans le respect et la cohérence du rite. Car, c'est dans l'harmonisation des différents éléments que le sacrifice s'accomplit. C'est aussi dans le rite que chaque chose se revêt de sa symbolique. En effet quel que soit l'élément du rite pris dans son milieu social, il remplit une charge sociale. Mais une fois qu'il est intégré dans un rite sacrificiel, il se voile d'un sens symbolique qui peut être au-delà du simple usage social.
     Est-il possible de substituer un élément en cas de manque ? De façon générale, la substitution est rare, voire inconcevable, puisque  l'avant-rite permet de rassembler tous les éléments constitutifs et d'éviter toute improvisation.

Dérives des rites sacrificiels aujourd’hui

     Il convient de rappeler que le rite des sacrifices en Afrique a une fonction thérapeutique individuelle ou collective, qu’il s’agisse de répondre aux troubles naturels, sociaux ou corporels. L’enjeu est d’être en quête permanente d’une invulnérabilité sociale ou corporelle. C’est pourquoi, d’ailleurs, les sacrifices  sont liés à des problèmes que rencontrent les gens dans la société. L’homme africain n’est pas aussi acculturé que semble le démontrer son mode de vie. Les gens ont beau être ministres, intellectuels, étudiants, militaires, paysans, s’ils ont des problèmes qui les dépassent, c’est vers des marabouts, des féticheurs, des géomanciens qu’ils se tournent.
Résultat de recherche d'images pour "images de sacrifices d'animaux en afrique"Mais, malheureusement, l’appât du gain a aujourd’hui supplanté les pratiques religieuses ou rituelles telles que décrites ci-haut. Car, jadis, seul un petit nombre d’initiés s’y adonnaient en respectant les normes des rituels et des cérémonies. De nos jours, il semble qu’il y ait une dérive mercantile de la part d’une pléthore de prétendus  marabouts, féticheurs, géomanciens sortis du néant, avides et peu éduqués qui ont repris à leur compte des traditions qui étaient exclusives, codifiées et rares dans les sociétés traditionnelles. Ces nouveaux commanditaires semblent mélanger tradition, cupidité et modernité, probablement par perte de repères culturels et cupidité.
     Mais, ce qui est plus tragique est  le concept de sacrifice humain introduit dans ces pratiques à des fins purement mercantiles et matérialistes dans le but unique d’obtenir un profit matériel, quelques fois à prix forts. La spiritualité d’autrefois qui existait dans le sacrifice a été remplacée par des considérations uniquement matérialistes et par la recherche du profit facile et immédiat. De plus c’est le hiatus entre modernité, profit, commerce et recours à une sorcellerie d’un autre âge qui crée un trouble dans ces affaires de meurtres rituels.

Conclusion

     Tout au long de cette étude, nous retenons que sacrifier,  c'est être dans la logique d'un échange : l'homme donne ce qu'il a, et au maximum le sacrifice du sang  pour obtenir de la divinité des biens que seule la puissance créatrice peut distribuer : la santé, la purification, la fertilité de la terre, la fécondité du bétail ou des épouses. Toute la vertu du sacrifice réside dans l'idée que l'on peut agir sur les forces spirituelles par l'offrande de biens matériels, offrandes, bien entendu assorties de prières, d'incantations, de suppliques. Le sacrifice passe même pour être un meilleur moyen que la prière souvent ignorée.
     C’est pourquoi, à travers les rites sacrificiels, en dépit de quelques pratiques déviantes,  l’homme africain s’inscrit dans une vision du monde selon laquelle l’on  est créé pour être capable d’atteindre au-delà de soi-même  une valeur thérapeutique, de trouver le moyen  de construire en soi la toute-puissance et l’invulnérabilité qui consistent à être au-dessus de toutes épreuves.

Jimi ZACKA, PhD
Exégète, Anthropologue




[1] Nous en parlerons en détails dans les prochaines lignes.
[2] Lire  A. Marx, « Le Sacrifice dans la Bible : sa fonction théologique», Pardes, 2005/2 N° 39, p. 161 à 171.
[3] Sur le sacrifice, voir notamment N. Neusch (éd.), Le sacrifice dans les religions (Paris, Beauchesne, 1994). Pour le sacrifice dans la Bible, voir Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme (Paris, Robert Laffont, 1996), art. « Sacrifices et offrandes » ou encore A. Marx, Les sacrifices de l’Ancien Testament (Cahiers Évangile 111 ; Paris, Cerf, 2000). Pour une étude plus technique, qui intègre les commentaires rabbiniques, voir le monumental commentaire de J. Milgrom, Leviticus 1-16 (The Anchor Bible 3 ; New York, Doubleday, 1991).
[4] Marx, ibid.
[5] Ibid
[6] Voir A. Westphal, «  Sacrifices et Offrandes, (1) » Dictionnaire Encyclopédique de la Bible, SPB, 1992.
[7] Ibid
[8] Ce qui est spécifique au judaïsme, c’est l’alliance entre Israël et son Dieu, YHWH. On peut voir cette alliance dans des textes comme Ex 19–24 ou le livre du Deutéronome, qui suivent plus ou moins le modèle dont nous venons de parler. Dieu a aussi scellé des alliances avec les patriarches, dont Abraham en Gn 15 et 17. Mais le modèle habituel du pacte devait être adapté quand l’un des contractants était la divinité. On ne peut pas vraiment prendre un repas avec son Dieu ou encore, dans un contexte monothéiste, invoquer les autres dieux à intervenir en cas de rupture. C’est pourquoi le texte de Gn 15 présente à sa manière la conclusion d’un pacte entre Abraham et son Dieu symbolisé par le feu. De même que les contractants sacrifiaient des animaux et passaient entre leurs parties pour signifier le pacte conclu (voir Jr 34,18) et invoquer sur eux le sort des animaux sacrifiés en cas de rupture, ainsi font Dieu et Abraham.
[9]
[10] Aux temps les plus reculés de l’histoire d’Israël, les premiers-nés de l’homme étaient immolés à la divinité au même titre que les premiers-nés des troupeaux : l’épisode de Morija constitue la preuve classique que, à l’époque et dans le milieu d’Abraham, le sacrifice des enfants premiers-nés faisait partie du culte (Genèse 22). Cet usage fut, de bonne heure, réprouvé par la conscience israélite qui y substitua l’obligation du rachat : celle-ci, qui apparaît déjà dans le Livre de l’Alliance (Exode 22.29 et suivant, cf. Exode 13.12 ; Exode 34.19 et suivant), se trouve précisée dans le code deutéronomique (Deutéronome 15.19 ; Deutéronome 15.23) et dans le document sacerdotal qui fixe exactement le prix de rachat (Exode 13.1 ; Lévitique 27.26 et suivant, Nombres 18.15-18). (voir Dictionnaire biblique Westphal).

[11] R. de Vaux, Les sacrifices de l'Ancien Testament. Cahiers de la Revue Biblique, I, Paris, Gafoalda, 1964, 111 p..
[12] Lire E.L.Fackenheim, The Jewish Bible after the holocaust. A Re-reading,  Indiana University Press, 1991.
[13] Cf. Masamba Ma Mpolo, La libération des envoutés, Yaoundé : Clé, 1976, p. 21
[14] Cf. J.F. Vincent, « Le sacrifice chez les Mofu ». Systèmes de pensée en Afrique noire, cahier 2, 1976, p. 198.

[15] Voir O. Gollnhofer et R. Sillans, « Recherche sur le mysticisme des Mitsogho, peuple de montagnards du Gabon central (Afrique equatoriale) »,  Réincarnation et vie mystique en Afrique noire, Paris, PUF, 1965, pp. 143-177

samedi 3 mars 2018

L' APÔTRE ; HIER ET AUJOURD'HUI ?

Qui est un « apôtre »; quelles sont les demandes/qualifications?  Y-a-t-il aujourd’hui des personnes qui peuvent être qualifiées d’ « apôtres »? 

Le mot « apôtre » en grec (« apostolos ») signifie « envoyé ». Un apôtre est un envoyé, un ambassadeur. La question est de savoir par qui l’on est envoyé, de qui l’on est apôtre. Dans la Bible, le mot « apostolos » est employé au moins une fois au sens large en 2 Corinthiens 8:23 pour désigner un groupe de gens envoyés par les Églises d’une région précise pour s’occuper d’apporter une collecte aux frères pauvres de Jérusalem.

La Bible Segond à la Colombe traduit ce verset par « Ils sont les envoyés des Églises». D’autres traduisent: « Ils sont les apôtres des Églises. » Ils avaient reçu un mandat précis de ces Églises, qui s’est terminé une fois leur mission accomplie. Dans le même sens large, nous pourrions dire encore aujourd’hui que les ambassadeurs d’un pays envoyés à l’étranger sont des « apôtres » de leur pays. De même, une compagnie pharmaceutique peut envoyer des représentants ou des « apôtres » de la compagnie auprès de diverses pharmacies pour leur vendre leurs produits. Évidemment, nous n’employons pas ce mot dans ce sens, mais c’est bien la signification du mot. Un apôtre est un envoyé mandaté par quelqu’un qui donne à la personne envoyée l’autorité de parler ou d’agir au nom de celui qui l’envoie. Jésus a dit à plusieurs reprises qu’il a été « envoyé » par son Père sur la terre pour accomplir sa grande mission. C’est alors le verbe « apostellô » qui est utilisé, de même racine qu’apostolos (Jean 4:24; 5:23-24; 6:39; 12:49; 14:24; 16:5; 17:3,8; etc.).

 À son tour, Jésus a envoyé des hommes qu’il a choisis pour une mission précise. « Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. » (Jean 17:18). « En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. » (Jean 13:16). La plupart du temps, le mot « apostolos » dans le Nouveau Testament désigne ce groupe des douze choisis directement par le Seigneur. Jésus les a choisis vers le début de son ministère public (Matthieu 4:18-22; 9:9; 10:1-4; Luc 6:12-16), tandis que Jean-Baptiste est mort seulement un peu plus tard (Matthieu 14:8-12). Jean-Baptiste a donc connu certains d’entre eux, par exemple André, le frère de Simon Pierre, qui était au départ un disciple de Jean et que Jean a conduit vers Jésus (Jean 1:35-40). Ces douze hommes choisis et formés par Jésus sont « les apôtres de Jésus- Christ » ou les envoyés de Jésus-Christ (Éphésiens 3:5; 1 Thessaloniciens 2:6; Jude 17). Ils ont reçu de Jésus une mission spécifique ou un mandat particulier. Ils ont été envoyés par lui avec la responsabilité d’accomplir cette mission et l’autorité de parler et d’agir en son nom. « Celui qui vous écoute m’écoute et celui qui vous rejette me rejette. » (Luc 10:16). Puisqu’un des douze (Judas) a renié le Maître et qu’il a fallu le remplacer par Matthias (choisi en Actes 1:21-26) et puisque Jésus a ajouté encore un autre apôtre après sa montée au ciel (Saul de Tarse devenu l’apôtre Paul), la Bible nous précise les critères pour être apôtre. En Actes 1:21-22, les premiers chrétiens réunis à Jérusalem ont choisi deux hommes « parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus allait et venait avec nous, depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour où il a été enlevé du milieu de nous ». Puis, un critère bien spécifique est mentionné dans le même verset 22: « Il faut qu’il y en ait un qui soit avec nous témoin de sa résurrection ». Puis, après avoir pris deux hommes correspondant à ce critère, ils ont prié le Seigneur et tiré au sort pour que le remplaçant de Judas soit désigné. C’est Matthias qui fut désigné le 12e apôtre. Les deux critères pour être apôtre sont donc les suivants:

(1) avoir été témoin de la résurrection du Christ;
(2) avoir été spécifiquement choisi ou désigné par le Seigneur Jésus.

Un peu plus tard, Jésus a choisi de manière exceptionnelle un 13e apôtre en la personne de Paul (Actes 9). Le nombre 12 est évidemment symbolique et représente le fait que l’Église fondée sur les 12 apôtres est la véritable continuité du peuple d’Israël autrefois fondé sur les 12 fils de Jacob de qui sont issues les 12 tribus d’Israël. Dans le cas des 12 tribus d’Israël, il y a eu une petite « passe-passe » pour arriver au nombre douze. Jacob a bien eu 12 fils, mais l’un d’eux (Joseph) a vu ses deux fils (Ephraïm et Manassé) devenir deux tribus, tandis qu’un autre fils (Lévi) n’a pas obtenu d’héritage en Israël, afin de devenir une tribu spéciale, celle des prêtres et des sacrificateurs. De même, avec les 12 apôtres, Jésus a fait une petite « passe-passe ». Ils étaient d’abord 12, puis 11 (Judas exclu), puis de nouveau 12 (Matthias ajouté), puis enfin 13 (Paul ajouté). L’ajout du 13e (12 + 1) correspond symboliquement au fait que Dieu ne se limite plus au peuple d’Israël, mais qu’il a maintenant incorporé dans son peuple les païens devenus croyants.

L’apôtre Paul a bien sûr prêché l’Évangile aux Juifs de son temps, mais sa mission particulière était d’aller prêcher l’Évangile auprès des païens. C’est pourquoi il s’est appelé « apôtre des païens » ou « apôtre chargé d’instruire les païens » (Romains 11:13; Galates 2:8; 1 Timothée 2:7; 2 Timothée 1:11). Ce n’est pas lui qui s’est donné cette mission, c’est le mandat qu’il a précisément reçu du Seigneur le jour de sa conversion sur le chemin de Damas. Le Seigneur a dit à Ananias pour l’encourager à aller trouver Paul: « Va, car cet homme (Paul) est pour moi un instrument de choix, afin de porter mon nom devant les nations et les rois, et devant les fils d’Israël. » (Actes 9:16). Il a été bien précisé à Paul: « Tu seras son témoin, devant tous les hommes, de ce que tu as vu et entendu. » (Actes 22:15). Le Seigneur lui a dit directement: « Va, car je t’enverrai au loin vers les païens. » (Actes 22:21). « Lève-toi, tiens-toi sur tes pieds; car voici pourquoi je te suis apparu: je te destine à être serviteur et témoin des choses que tu as vues de moi et de celles pour lesquelles je t’apparaîtrai. » (Actes 26:16). 

Paul est donc réellement un apôtre du Christ, même s’il n’a pas côtoyé Jésus pendant son ministère terrestre, car Paul a été un témoin oculaire des choses qu’il a vues au sujet de Jésus-Christ. Le Seigneur Jésus lui est apparu de manière tout à fait spéciale en tant que Ressuscité dans sa gloire céleste! Cette révélation toute spéciale avait pour but de l’envoyer en mission comme apôtre et prédicateur de Jésus-Christ dans le monde. Un apôtre n’est donc pas n’importe quel témoin oculaire. Pour être apôtre, il faut être un témoin oculaire autorisé et mandaté par le Seigneur Jésus lui-même. En 1 Corinthiens 15:5-8, Paul dresse une liste de gens qui ont été témoins du Christ ressuscité. Cela inclut au moins 500 frères. En lisant les Évangiles, nous constatons aussi que Marie-Madeleine et d’autres femmes ont été témoins du Christ ressuscité. Ces gens ne sont toutefois pas tous devenus apôtres de Jésus-Christ pour autant. Seuls certains ont été choisis et mandatés par Jésus pour être envoyés par lui avec la mission et l’autorité particulière de témoigner officiellement de sa résurrection. Chose intéressante, Paul complète sa liste de témoins du Ressuscité de cette manière: « Après eux tous, il s’est fait voir à moi comme à l’avorton; car je suis, moi, le dernier des apôtres. » (1 Corinthiens 15:8-9). Certaines Bibles traduisent: « car je suis, moi, le moindre des apôtres. » En réalité, le mot grec est « eschatos », qui signifie « dernier », le dernier dans l’ordre chronologique, et non pas simplement le moins important. Paul se prétend être le dernier des apôtres. Après lui, il n’y en a plus. Le Seigneur ressuscité n’est plus apparu à d’autres (sauf à Jean sur l’île de Patmos pour qu’il reçoive de nouvelles révélations et qu’il écrive le livre de l’Apocalypse, mais Jean était déjà apôtre). Jésus s’est fait voir à Paul « comme à l’avorton » du fait qu’il n’a pas fait partie du groupe original des 12, mais il s’est pourtant bel et bien fait voir à lui! Les autres apôtres ont d’ailleurs pleinement reconnu l’autorité apostolique de Paul. Ils lui ont donné la main d’association sans aucun problème (Actes 15; Galates 2:1-10). L’apôtre Pierre lui-même a reconnu la sagesse qui a été donnée à Paul et a reconnu que ses lettres, bien que contenant des passages difficiles à comprendre, font partie des livres inspirés, « comme le reste des Écritures » (2 Pierre 3:16). Le ministère d’apôtre de Jésus-Christ, envoyé par le Christ pour être témoin autorisé officiel de sa résurrection a donc pris fin avec l’apôtre Paul. La période apostolique a pris fin à la mort du dernier des 13 apôtres.

À l’intérieur de ce mandat d’être envoyé comme témoin officiel de Jésus-Christ, les apôtres ont reçu le mandat spécifique de mettre par écrit le Nouveau Testament. Ils ont pu être aidés par des compagnons ou des secrétaires comme dans le cas de l’Évangile de Marc (compagnon de Pierre) et de l’Évangile de Luc (compagnon de Paul, en consultation avec d’autres qui ont été directement témoins de la vie de Jésus, Luc 1:1-4) ou de l’épître aux Hébreux (auteur inconnu). Même l’épître de Paul aux Romains a été écrite par Tertius, le secrétaire de Paul (Romains 16:22). Le Nouveau Testament contient donc l’enseignement des apôtres. Contrairement aux pasteurs et aux anciens qui ont une autorité très limitée à l’intérieur d’une Église locale, avec pour mandat de demeurer fidèles à l’enseignement des apôtres et de ne pas en dévier, les apôtres ont reçu une autorité universelle sur l’ensemble de l’Église de Jésus-Christ et leur enseignement est normatif pour l’Église de tous les temps. C’est pourquoi Paul dit que l’Église est édifiée « sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre de l’angle » (Éphésiens 2:20; voir 1 Corinthiens 3:10). C’est pour cette même raison que l’apôtre Jean a reçu la vision de la nouvelle Jérusalem (l’Église parvenue dans sa gloire) posée sur douze fondements et sur eux il voyait les douze noms des douze apôtres de l’Agneau (Apocalypse 21:14; rappelons que ce livre est très symbolique et qu’il préfère utiliser le nombre 12 chargé de sens plutôt que 13, sans rien enlever évidemment à l’apôtre Paul!).
 
Ainsi donc, une fois que le fondement a été posé par les apôtres, plus personne n’est autorisé à poser un autre fondement. Il s’agit maintenant de garder le dépôt apostolique révélé une fois pour toutes, de demeurer fidèles à l’enseignement des apôtres et de construire la vie en Église sur ce fondement. Il n’y a plus d’apôtres de Jésus-Christ qui sont encore vivants aujourd’hui, mais le témoignage autorisé des apôtres mis par écrit dans le Nouveau Testament est conservé vivant par la prédication de la Parole et l’action du Saint-Esprit dans nos coeurs pour que nous puissions bâtir nos vies sur ce témoignage véridique et rempli d’autorité. Nous sommes appelés à faire comme les premiers chrétiens qui « persévéraient dans l’enseignement des apôtres » (Actes 2:42). Voilà comment l’Église est apostolique. Sinon, si elle dévie de ce que les apôtres ont enseigné, elle perdra son caractère apostolique et ne sera plus véritablement une Église de Jésus-Christ. Mentionnons encore qu’en plus des critères indiqués, il existait des « signes » attestant que ces hommes étaient bel et bien des apôtres de Jésus-Christ. Au milieu de la controverse à Corinthe soulevée par des gens qui se prétendaient apôtres, mais qui étaient des faux apôtres du Christ (2 Corinthiens 11:13), Paul fait mention de ces signes qui ne trompent pas: « Les signes distinctifs de l’apôtre ont été vus à l’oeuvre au milieu de vous par une patience à toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles. » (2 Corinthiens 12:12). Nous retrouvons la même idée en Hébreux 2:3 4: « Ce salut, annoncé à l’origine par le Seigneur, nous a été confirmé par ceux qui l’ont entendu, Dieu appuyant leur témoignage par des signes, des prodiges, des miracles variés et par des communications du Saint-Esprit selon sa volonté. » Le livre des Actes des apôtres nous présente plusieurs miracles accomplis au nom du Christ par les mains des apôtres, dans le but d’attester et de confirmer leur prédication de l’Évangile. Ils étaient bel et bien des envoyés du Christ, puisque Dieu le confirmait par les prodiges et les miracles qu’ils accomplissaient en son nom (un peu comme Moïse autrefois, quand il est allé voir le pharaon et qu’il a accompli des prodiges et des miracles avec le bâton que Dieu lui avait donné).

Il faut toutefois faire attention avec les signes et les miracles. Un peu comme les magiciens en Égypte qui essayaient de concurrencer Moïse, Satan aussi possède certains pouvoirs et peut séduire et tromper bien des gens par toutes sortes de miracles, signes et prodiges mensongers (2 Thessaloniciens 2:9). C’est pourquoi,  Paul a averti les Galates: « Mais si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème! » (Galates 1:8). Les miracles et prodiges accomplis par les apôtres étaient bien des signes de leur apostolat, mais il fallait que leur témoignage soit conforme à l’Évangile de Jésus-Christ révélé une fois pour toute. Un autre signe de l’apostolat de Paul, devant les faux apôtres qui causaient du tort aux Églises, était toutes les souffrances qu’il a endurées pour la cause de l’Évangile.

Sa deuxième lettre aux Corinthiens contient une liste impressionnante de ces souffrances (par exemple au chapitre 11). C’est pourquoi, avant même de mentionner les signes, les prodiges et les miracles, il a dit que « les signes distinctifs de l’apôtre ont été vus à l’oeuvre au milieu de vous par une patience à toute épreuve » (2 Corinthiens 12:12). Paul s’est présenté aux Corinthiens non seulement avec l’autorité d’un apôtre pour les ramener dans la vérité, mais aussi avec l’humilité d’un serviteur qui a souffert pour Jésus-Christ et qui a subi bien des épreuves pour le bien de son Église. Il n’y a donc plus d’apôtres de Jésus-Christ qui soient vivants sur terre aujourd’hui, mais le témoignage des apôtres que Jésus a autrefois choisis et envoyés pour proclamer sa Parole en son nom continue d’être conservé précieusement dans le Nouveau Testament. Ce témoignage apostolique retentit sur la terre partout où les Églises persévèrent dans l’enseignement des apôtres. Celui qui écoute ce témoignage écoute Jésus- Christ pour son salut éternel, celui qui rejette ce témoignage rejette Jésus-Christ à sa plus grande perte.

Prions que Dieu nous accorde la grâce par son Saint-Esprit de proclamer fidèlement le témoignage des apôtres et de construire l’Église de Jésus-Christ sur ce fondement inébranlable. (Paulin Bédard)
 
Prof. Jimi ZACKA , PhD