vendredi 9 mai 2014

MAIS OU SONT DONC PASSES NOS HOMMES POLITIQUES ? Par Dr Jimi ZACKA


Nos  hommes  politiques, réputés pour créer des partis et en être président ou être ministre, sont tous devenus  de  grands muets de la République à l’heure où le peuple centrafricain ne sait plus à quel saint se vouer face à l’épidémie séléka. Pourtant, en Centrafrique, la culture de l’esprit communautaire est de mise. La générosité, la solidarité et l’assistance confèrent notoriété et considération. En d’autres termes, l’assistance à une personne en danger ou en malheur est un devoir, une vertu, un critère de s’identifier positivement dans la société.  La non-assistance ou l’indifférence est l’expression d’une ingratitude avérée. Alors, où sont passés les hommes politiques dans ces moments les plus sombres des vies des centrafricains ? Cette indifférence complice et notoire suscite de multiples questions que se pose aujourd’hui le centrafricain lambda : Y a-t-il vraiment d’hommes politiques dans ce pays ? Pourquoi ce silence coupable de la classe politique centrafricaine face à l’enfer que vit quotidiennement le citoyen centrafricain ?  Y a-t-il encore d’hommes politiques  en Centrafrique? Ou alors, nous ne sommes que des papiers hygiéniques  électoraux entre leurs mains ? Tant de questions qui nous taraudent, mais demeurent sans réponse.

En une semaine, les centrafricains sont devenus  les hommes  les plus endeuillés de la planète par la série d’assassinats de leurs dignes fils du pays : Tanguy TouaboyYoulou Willy,  la jeune fleury des Castors et les deux jeunes hommes, le caporal lâchement assassiné par l’escadron de mort de Djouma Mahamat, le magistrat Modeste Bria et son aide de camp, et bien d’autres encore dont  on ignore les noms, à l’instar de ceux qui meurent à l’intérieur du pays (Paix à leur âme). Malgré cette longue liste macabre qui ne cesse de s’allonger de jour en jour, tous les hommes et femmes politiques ont enfoui leur tête dans le sable, bec dans le sang des centrafricains, en train de picorer leurs graines ensanglantées et personne n’ose élever la voix pour protester ou démissionner du gouvernement ou du CNT. Et s’il y a des voix qui se font entendre, ce sont les croassements  de ces vautours et charognards qui ont envahi la cour de Djotodia. Imbus du déni de réalité, ils n’ont qu’une seule lecture biaisée des souffrances des centrafricains,  « tout va bien et la sécurité est revenue» alors qu’on continue de tuer, piller, braquer les vaillants fils et filles de Centrafrique. Quelle honte ? 

 Je ne peux pas comprendre qu’un ministre de l’intérieur et de la sécurité publique d’un Etat digne de ce nom  n’est même pas capable de confirmer l’existence d’un lieu de tortures des paisibles citoyens dont il est censé assurer la sécurité alors que ce n’est qu’un secret de polichinelle.  Comme quoi, ils se sont tous  mués en experts en langue de bois.
 
 Je ne peux pas comprendre que malgré les viols, les pillages, séquestrations, meurtres et assassinats, aucun homme politique ne se donne la peine de dénoncer tout haut ces exactions comme le fait Monseigneur Nzapalainga que je félicite au passage et lui dire que la nation lui sera reconnaissante éternellement pour le sens aigu de son patriotisme . Car, il a su graver son nom sur le palmarès des héros de la République.

Mais, l’hypocrisie et la politique du ventre qu’affichent actuellement les hommes et femmes politiques de notre pays constituent la plus grande honte de toute l’histoire de la République Centrafricaine.  D’ailleurs, je me rappelle du jour où un(e) membre de ce gouvernement a été nommé(e), je lui ai écrit pour le/la féliciter et attirer son attention sur le fait qu’il/elle va manger avec le diable, il/elle m’a répondu : « Si ça ne va pas, je vais démissionner ». Je lui dis aujourd’hui (si cette personne me lit) qu’il est temps qu’il/elle démissionne. Car, en Afrique, on ne peut pas manger à côté de la dépouille d’un frère, d’une sœur, d’un fils, d’un père ou d’une mère qui gît dans le sang.

Quant à ceux qui sont précipitamment revenus de l’étranger, comme si l’élection devrait avoir lieu demain, n’ont eu qu’une seule idée en tête : créer leur parti et se voir président de la république en 2015. C’est tout. C’est pourquoi, après le bal d’audiences chez Djotodia, ils se sont tous plongés dans un mutisme absolu.  Qù sont-ils, ces aspirants à la couronne ? (une réponse, svp !!).
 
Nous ne pouvons pas comprendre ce silence complice de la classe politique centrafricaine et nous ne saurons comment l’expliquer à la  génération future. Si ce sont eux qui ont bradé le pays à Djotodia et sa coalition mafieuse, avec l’appui de Déby (selon Roland Marchal),  pour exterminer le peuple centrafricain,  il est temps pour ceux qui sont dans le gouvernement et le CNT de démissionner. Cette démission leur permettra d’échapper à la colère du peuple tôt ou tard.
 
 Cette démission signifiera qu’ils sont avec le peuple et pas avec le diable.  Cette démission leur donnera une porte de sortie honorable. Cette démission les réhabilitera dans leur dignité humaine et patriotique. 
 
Car, quand l'indifférence a l'hypocrisie comme excuse, l'homme atteint les sommets de la honte et de la mesquinerie. L'histoire est têtue et il est temps pour eux d'éviter ce que l'avenir leur infligera.

Dans le cas contraire, l’histoire retiendra une chose : l’homme politique centrafricain a sacrifié son peuple sur l’autel de ses ambitions politiques les plus cyniques.


Dr Jimi ZACKA
Théologien, Anthropologue, Chercheur, Auteur

MISCA-SANGARIS : DES FORCES CENTRAFRICANOPHAGES ?


MISCA-SANGARIS : Que font - ils exactement en Centrafrique ? C’est la question qui taraude à tort ou à raison tous les esprits en ce moment en Centrafrique, surtout dans les circonstances actuelles où les choses vont de mal en pis. Ne dit-on pas que l’indifférence et la négligence font parfois  beaucoup  plus de dégâts que l’hostilité déclarée ?  

On ne peut comprendre en effet que Bangui et certaines villes de provinces sont devenues les théâtres de la recrudescence des violences et des exactions criminelles, avec la présence de MISCA-SANGARIS  censées être des forces d’interposition et de pacification, alors qu’elles semblent s’engluer dans une inertie pathologique, voire même dans une certaine dérive partisane. Comme l’a constaté un spécialiste du pays : «C'est le chaos le plus total : on ne respecte plus rien ni personne». Malgré l'intervention de plus de 2 000 militaires français et la présence de 6 000 soldats de la force panafricaine, la Centrafrique demeure toujours dans une  spirale de violence extrêmement destructrice. Aujourd’hui, sur toute l’étendue du territoire national, nul n’est à l’abri des assauts criminels sans cesse répétés de ces assassins qui ne sont nullement inquiétés. A Bangui, les derniers cas déplorés ont eu lieu à Fatima, à Bégoua, au KM5 et ont occasionné des dizaines des décès et des centaines des blessés. Dans les sous-préfectures de Dékoa et Bouca, la population est en train de subir des actes de barbarie d’une rare cruauté de la part des bandes armées seleka sous le regard assisté de la MISCA. A Grimari, la population accuse la force d’interposition française d’avoir tué des civils. Comme en témoigne une femme en pleurs : « On pensait que Sangaris était venue nous aider, mais ils assassinent nos enfants. » Aujourd’hui, ces événements meurtriers – qui endeuillent quotidiennement les familles centrafricaines — ont atteint leur paroxysme. Après  la prise en otage le 16 Avril 2014 de Mgr Désiré Nestor NONGO AZIAGBIA, Évêque de Bossangoa et de trois autres prêtres du diocèse de Batangafo par les éléments de l’ex-séléka, nous avons appris le lâche assassinat de l’abbé Christ Foreman Wilibona le vendredi 18 Avril 2014 par les mêmes éléments. 

Aussi, nous ne passerons pas sous silence cette ligne rouge invisible à l’Est et au Nord que nul n’évoque officiellement, tracée par la Séléka qui contrôle encore des régions où elle se livre à des assassinats et des pillages. Explicitement, la Centrafrique est de facto divisée entre l’Ouest et l’Est, même si nul ne peut affirmer quand elle prendra corps.    

 Face à cette terrifiante situation qui interpelle la conscience nationale au regard des exactions meurtrières généralisées des bandes armées, le citoyen lambda ne cesse de se poser la question suivante : Que font exactement les forces MISCA-SANGARIS en Centrafrique ? Le Mgr NONGO AZIAGBIA en a fait l’écho en ces termes : «Tout le nord de mon Diocèse est occupé par les rebelles de la coalition Seleka, qui dictent leur loi malgré la présence des forces internationales. Je me demande dès lors à quoi sert leur présence en Centrafrique ? » (Agence Fides 24/04/2014).

Au regard de ce sombre tableau, l’on a le droit de se poser cette question : pourquoi une telle indifférence de ces forces supposées venir rétablir la paix et la sécurité en RCA? 

Loin de tout procès d’intention, le centrafricain veut simplement savoir à quoi sert exactement une force armée chargée notamment du maintien de la paix. Car, quatre mois après le lancement de l’intervention militaire française « Sangaris », souhaitée et saluée par une grande majorité de centrafricains et bénéficiant même d’une forte légitimité internationale, le constat devient de plus en plus décevant. Comme en souligne un observateur européen : « Sangaris est légitime et utile, mais la manière dont l’opération a été conduite est vraiment la chronique amère d’un échec annoncé ». 

Après les horreurs du Rwanda, l’on aurait cru que ces forces soit-disant d’intervention pour la sécurité allaient tirer des leçons de cette tragédie pour désormais remplir leurs obligations. Malheureusement, les violences meurtrières de Bangui et celles de certaines villes de province démontrent le contraire, car en ces moments difficiles, nous remarquons que ces forces d’interposition, se muent de plus en plus en spectateurs des scènes d’horreur, abandonnant les victimes à la merci des bourreaux. Pourtant, l’honneur d’une armée passe par le sentiment qu’elle a de son utilité. Et une force armée du maintien de la paix  n’a de sens qu’en sortant les victimes de leur statut de victime, en leur créant les conditions d’une vie paisible dans la durée.  
Parce qu’en quatre mois, les soldats MISCA-SANGARIS ne se sont contentés que d’une intervention molle, sans anéantir ni arrêter les pires criminels de guerre, ils ont déçu les centrafricains, trahi leur mandat. Qu’ils ne s’étonnent pas qu’un jour, ils seront questionnés sur le fait que leur présence en Centrafrique n’a fait que contribuer à une campagne radicale de tueries des centrafricains (la centrafricanophagie). Car, comme l’a si bien dit un chef d’état africain, « les faits sont têtus » et personne ne peut falsifier l’histoire d’un pays dans son intérêt.

Pr Jimi P. ZACKA

Théologien, Anthropologue


LA TRAVERSEE DU DESERT POUR UN NOUVEAU DEPART

COMMENT SORTIR D’UNE TRAVERSEE DU DESERT

Il y a quelques temps, j’écoutais deux personnes parler, et l’une d’entre elles se plaignait du fait qu’elle subissait une longue traversée du désert et qu’elle ne savait pas comment en sortir. Cette personne semblait subir des évènements douloureux, mais elle était aussi consciente qu’elle devait affronter ses propres démons pour s’en sortir vivante et plus forte.
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Ce qui arrive à cette personne, se passe aussi dans la vie d’autres individus. La majorité des entrepreneurs connaisent cette étape, les politiciens aussi, tout le monde passe par ces moments difficiles. Â travers cet article, je voulais partager avec vous quelques clés pour enfin sortir de votre désert et atteindre enfin votre oasis.

Pourquoi une traversée du désert dans votre vie?

Tout d’abord, vous devez comprendre que le but n’est pas seulement de traverser le désert et tout son ccortège de douleur, mais plutôt d’arriver dans votre “terre promise”, retrouver ce pour quoi vous avez été fait, la raison de votre existence et la direction à donner à votre vie. En effet, ce lieu au départ, qui peut paraître pour vous comme un endroit de pénitence et de souffrance où il n’y a rien d’autre à attendre que la mort, peut se transformer en un lieu de purification et de dépouillement si vous accepter et comprenez humblement la situation.

Le cas d’un entrepreneur

Se lancer dans les affaires est une chose passionnante et enrichissante mais pas toujours facile comme on peut souvent le penser. L’une des difficultés majeures rencontrées par la plupart des entrepreneurs est cette fameuse traversée du désert. En effet, quand vous commencez votre activité, tout est à faire. Vous ne pourrez pas dans l’immédiat vivre de votre activité. L’étape qui vous permetra d’y arriver sera plus ou moins longue, cette traversée du désert sera initiatique pour vous. Quoi qu’il en soit, à travers cet article, je voulais partager avec vous 4 clés qui vous aideront à ne pas mourir dans ce fameux désert.

Refusez de subir la situation, et rejetez la logique de passivité.

Les gens aiment souvent dire qu’une fois que vous avez touché le fond, vous ne pouvez que remonter. Certainement facile à dire, mais pas évident à mettre en pratique, à fortiori surtout dans une société où l’échec demeure tabou. Pourtant, si vous vous y mettez sérieusement, il est possible de transformer un gros échec en un grand revirement positif. La meilleure façon de refuser de subir la situation et rejeter la passivité estde commencer à vous poser les questions suivantes:
  1. La situation que je traverse, est-elle réellement synonyme d’un échec?
  2. Quelle est ma part de responsabilité?
  3. Dois-je accepter cette situation pour pouvoir avancer?
  4. pourrai-je me tourner vers une personne que je connais très bien pour me soutenir, ou devrais-je endurée cette traversée du désert tout seul?
  5. Est ce que je fais une analyse objective de la situation?
Comme vous pouvez le constater, il y a beaucoup de questions que vous pouvez vous poser et qui peuvent vous permettre de prendre la mesure de ce qui vous arrive. Cette manière de procéder peut paraître curieuse, mais il faut savoir rentrer en vous-même et vous examiner quand vous voulez amorçer une sortie du désert, sinon vous perdez une totale confiance en vous, et vous sombrez dans une résignation qui ne dit pas son nom.

Prenez du recul pour mieux rebondir.

Le premier pas à faire pour amorçer la sortie d’une traversée du désert est de dresser un bilan objectif de l’épreuve que vous subissez. Pour cela, vous devez(ce n’est pas toujours facile au départ) surmonter les sentiments de culpabilité, de frustration, parfois de colère et d’amertume pour comprendre que ce que vous traversez fait partie de l’apprentissage de la vie et par conséquent de votre évolution personnelle. L’épreuve que vous traversez vous permet de reconstruire une image de vous plus juste, plus positive et plus en accord avec vous même.
Pendant que vous méditez sur votre sort, pensez à réactualiser ce que vous savez de vous en termes de compétences et de qualités. En effet, souvent les gens ne se doutent du potentiel et des ressources insoupçonnées qui dorment en eux, et qui peuvent les transformer totalement. Il est un fait non négligeable à souligner, c’est que souvent les gens ne savent pas ce qui les motive, parce qu’ils ont suivi une voie toute tracée ou parce qu’ils sont déconnectés de la réalité. Lorsque vous agissez vraiment en fonction de ce qui vous motive le plus,   les choses se mettent en marche d’elles mêmes  et un nouveau profil de vous se manifeste aux yeux des gens.

La traversée du désert pour un nouveau départ.

Etape par étape, apprenez à faire d’une situation de crise une opportunité pour un nouveau départ. Seulement, ce qui est certaine , c’est qu’on ne fait pas le deuil d’un évènement douloureux avec un simple coup de baguette magique. Bien que le temps souvent nous aide à remonter la pente, pour amorcer un nouveau départ, il ne faut pas vous faire violence, mais au contraire prendre bien soin de vous, marcher dans la nature, faire du sport, visiter les bibliothèques…Si des idées noires vous submergent, ou si vous vous sentez angoissé, n’hésitez pas à recourir à des techniques de relaxation.

Coupez les ponts

Ca va vous paraître curieux, mais ne vous étonnez pas de voir que tous vos amis ne vous sont d’aucune utilité pendant votre traversée du désert. Même s’ils viennent vous voir de temps en temps pour vous remonter le moral, la majorité n’auront pas sensibilité de vous faire réellement oublier vos problèmes. Ils aborderont souvent des sujets de conversation pour essayer de vous faire oublier l’essentiel, mais vous trouverez rarement une parole qui vous boostera et qui vous redonnera l’envie de rebondir.
Si vous prenez conscience dans ces moments de ne pas avoir de véritables amis, ce n’est pas le moment de vous en faire, inutile d’aller les chercher, pensez d’abord à vous même et à vous mettre à fond dans ce que vous faites. Sachez ceci: Dans les moments de traversée du désert, vous êtes seul. Apprenez à apprécier votre solitude, car c’est seul que vous grandirez réellement.
Enfin, on ne décide pas un bon matin de traverser le désert, on s’y retrouve un jour du fait d’un évènement brusque, ou à la suite d’une lente dégradation de ce qui donnait du sens à votre vie. On essaye de comprendre ce que l’on a dit ou fait qui a produit la perte de son travail, de son conjoint, ou encore, le conflit avec un individu. C’est alors que vous vous imaginez que vous aurez pu faire autrement pour éviter le pire. C’est alors que le doute vous guette; sur vous même, sur ce qui s’est réellement passé, sur la direction àprendre. Lorsque vous retrouvez dans cette situation, c’est dur , cela fait très mal, mais si vous acceptez la remise en question, si vous acceptez les reproches, si vous acceptez les mains tendues, si vous acceptez de tout perdre et de mourir en vous-même, vous pouvez grandir et atteindre l’Oasis qui vous est réservé.



samedi 27 avril 2013

DEUX FIGURES DE L'HOSPITALITE DANS LA BIBLE ( PREDICATION A L'OCCASION DU FORUM DEFAP_ : « Le monde est chez toi ! »). ROUEN 2012)


PREDICATION AU CULTE  DE FIN DU FORUM  (Prof. Jimi ZACKA)

Textes : Josué 2.1-14 ;  Lc  19.1-9  :  Deux figures de l’hospitalité dans la Bible

Introduction

Un proverbe centrafricain dit : « Qui croit savoir préparer un bon plat, donne d'abord à l’étranger pour en goûter la vraie saveur. ».  Ce proverbe me rappelle la citation d’un écrivain français, Pigault Lebrun, qui dit : « « Les devoirs de l’hospitalité  ne se bornent pas à fournir l’exact nécessaire ; il faut distraire, amuser ceux  qu’on a admis dans ses foyers ». Ces deux citations m’amènent à savoir qu’accueillir l’autre ou vivre avec lui n’est pas seulement un devoir, mais une nécessité. Une nécessité qui nous révèle que la proximité de Dieu se concrétise pour nous  dans notre manière d’agir, en tant qu’Eglise envers et avec celui que l’on accueille. C’est ainsi que  nos Eglises sont appelées à recevoir ce matin la Parole qui nous appelle à sortir de la mentalité qui nous enferme dans nos stéréotypes ou craintes ou pensées communes et les laisser être transformées.
Chers amis, où qu’on aille chercher,  dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, on trouve des récits parlant de personnages qui sont hospitaliers, accueillants, ouverts, réceptifs, envers le monde ou les gens.  Plus encore peut-être, on a des récits de personnages désireux de s’inviter chez d’autres, afin de révéler ainsi la présence de Dieu lui-même.
Nos deux textes lus ce matin nous présentent deux figures d’accueil  ayant des points communs. D’abord, ils ont tous les deux vécu à Jéricho. Ensuite, tous les deux ont une posture sociale commune : ce sont des exclus de leur société de l’époque (l’une prostituée, l’autre collecteur des impôts). Enfin, chacun d’eux a offert une part de « chez soi » à l’étranger, celui qui par définition n’est plus chez lui, n’a pas de « chez soi » à lui. Ce « chez soi », c’est la maison, mais c’est aussi le petit univers de valeurs, de morale, de convictions et aussi d’émotions que nous nous construisons.
Rahab et Zachée, deux figures exemplaires de l’hospitalité qui va au-delà des convenances sociales. Deux figures qui s’accordent sur un point : accueillir l’étranger, c’est découvrir l’autre, le découvrir pour me connaître, me mesurer et devenir véritablement moi-même. Deux figures qui nous invitent à nous souvenir que nous sommes tous des étrangers les uns par rapport aux autres. Une invitation qui nous fait découvrir « le Dieu tout autre » qui se présente à nous sous la forme de l’Etranger, et ce « Dieu tout autre » s’invite aussi chez nous en situation d’étranger. Il apparaît dans la déclaration de Jésus en Mt 25.35 : « J’étais étranger, et vous m’avez accueilli ». Parlons maintenant de nos deux personnages.

1.       Rahab

Jéricho est en alerte rouge. Le niveau de sécurité est élevé. La prise de Jéricho semble imminente. Ainsi,  Josué, le chef d’Israël, envoie des espions à Jéricho pour reconnaître le terrain.  Rahab, de manière imprévue, reçoit des visiteurs non invités. Elle reçut des espions ennemis.  Elle les reçut inconditionnellement. Nulle part, le texte du livre de Josué ne permet de penser qu’elle a négocié l’hospitalité qu’elle donnait. Une manière de dire que le véritable accueil de l’autre n’exige pas de conditions. Ce qui est aussi frappant, c’est la disponibilité de Rahab face à la visite inattendue des espions. Pourtant, Rahab a de vraies raisons de s’inquiéter. Elle vit en temps de guerre et elle accueille non seulement des étrangers, mais des ennemis qui s’invitent chez elle. Elle sait qu’elle risque sa vie face aux autorités de sa ville. Aujourd’hui, on appellera cela : « délit de solidariré ». Mais Rahab assume les risques. Elle va ainsi les héberger, les protéger et leur sauver la vie. Elle va  cacher ces deux étrangers et dire à leurs poursuivants : « Je ne sais pas où ils sont, ils sont sortis ». Et pendant que les poursuivants les cherchent dehors,  elle se tourne vers les étrangers et propose une alliance, un pacte de confiance : « Je vous ai traités avec bonté, à votre tour, traitez avec bonté la maison de mon père. ». Elle commence ainsi à proposer une alliance, un pacte avec ceux qu’elle pourrait considérer comme des ennemis, et  leur confie la sauvegarde de sa famille. D’une certaine manière, elle leur reconnaît des droits, mais elle leur propose des devoirs ! Nous parvenons ainsi à la dimension prophétique de l’histoire et de la personne de Rahab. Si les deux espions ont reconnu dans les paroles de Rahab la voix de Dieu, si dans son témoignage ils ont vu la réalisation des promesses divines, pourquoi ne pas considérer aussi l’attitude bienveillante, accueillante de Rahab comme une manifestation de la bienveillance de Dieu envers eux? Après tout, les deux Israélites étaient en danger de mort! Totalement dominés par les circonstances, leurs vies ne dépendaient plus que du bon vouloir d’une prostituée. Rahab ! Rahab est celle qui, par son action, évoque la main protectrice du Dieu de l’étranger. Une action qui fait d’elle une héroïne de la foi et ouvre une voie qui peut être considérée comme la voie de l’avenir. C’est ainsi que l’auteur de l’épître aux Hébreux donne Rahab en exemple : « Par sa confiance, Rahab la prostituée ne périt pas avec les incrédules parce qu’elle avait accueilli pacifiquement les éclaireurs. » (He 11, 31), 


2.       Zachée 

De même, Zachée appartient à la catégorie des pécheurs notoires et des publicains ; il est de ces hommes que Luc propose comme modèle du pécheur repenti. Mais d’un autre côté,  il est riche. Plus loin, il nous est dit que il est de petite taille. De ce portrait social, il faut esquisser un portrait qui implique une collaboration avec les romains et les autorités, il est craint, mais aussi méprisé voire haï. Les gens à qui il prélève l'impôt ne l'aiment pas et les élites intellectuelles ou religieuses le voient comme compromis avec l'occupant et jouissant de richesses pas propres. Il fait partie des exclus.
C'est dans ce contexte que la rencontre avec Jésus va être décisive. Le point central de cette rencontre, c'est le contraste entre le mépris de la foule vis-à-vis de Zachée — et par ricochet vis-à-vis de Jésus qui parle à Zachée — et le fait que Jésus choisit justement de s'inviter chez lui.
Remarquez bien, ce n'est pas Zachée qui invite Jésus chez lui, malgré son désir de voir Jésus, malgré son stratagème pour le voir en montant sur l'arbre au risque de voir se multiplier les quolibets à son égard. C'est Jésus qui s'invite chez Zachée. Après tout, celui-ci ne désirait pas seulement voir Jésus, mais voir qui il est. C'est Jésus qui prend l'initiative de s'inviter en disant : « Aujourd’hui,  Il me faut demeurer chez toi » (v.5).  L’aujourd’hui de cette visite contient d’autres informations théologiques de poids qui laissent présager un autre « aujourd’hui », celui même du salut adressé au brigand repenti à la croix : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras au Paradis » (Lc 23.43). Jésus s’invite, Jésus invite. Le brigand est aussi invité à pénétrer dans le paradis avec Jésus. Accueillir l’autre, c’est aujourd’hui.  A l’écoute de l’aujourd’hui de Jésus, Zachée  va se  décentrer de ses propres normes et valeurs et se laisser déplacer  vers Jésus pour mieux le comprendre et l’amener à le comprendre également. Il leur faut trouver un terrain d’entente, qui permette à chacun de trouver sa place. C'est là le point intéressant de ce texte, qui peut nous amener à réfléchir à notre place et à notre valeur dans la rencontre de l’autre  Rahab et Zachée nous adressent deux messages ce matin.


Vivre avec « le monde chez toi », c’est se rencontrer pour exister

Pour Rahab comme pour Zachée, c’est toujours dans la rencontre avec l’autre qu’on peut trouver ce qui fait vivre. La rencontre n’est pas toujours facile. Elle exige de s’exposer, de prendre des risques, de se laisser déplacer pour connaître l’autre. Pourtant, le grand défi de l’interculturalité dans les églises aujourd’hui est la peur, la peur de l’autre. Sortir de soi pour aller rencontrer l’autre n’est pas chose facile. Ceci est une insécurité pour le « moi », c’est pourquoi chaque rencontre constitue un combat. Pour sortir de ce défi, il faut considérer l’autre dans son altérité, non pas comme une menace, mais plutôt comme une grâce. Il faut de la patience pour y avancer progressivement. Encore faut-il accepter l’autre avec confiance ?
Pour que cette rencontre soit heureuse et effective, la connaissance et l’acceptation de soi sont exigées. Parce que pour s’apprécier les uns les autres, il faut d’abord se connaître. La connaissance de soi permet d’établir un équilibre d’abord en soi-même et ensuite dans les relations avec les autres. C’est dans la mesure où on se connaît soi-même et s’accepte qu’on est capable de s’ouvrir à l’autre. C’est un exercice non moins difficile parce qu’on s’affronte soi-même, on se regarde en face pour découvrir ses dons, ses limites qu’on doit accepter et les apprivoiser. C’est seulement de cette façon qu’on pourra se présenter devant l’autre en toute authenticité ; que l’autre me considère tel que je suis et lui tel qu’il est et on s’accepte l’un et l’autre en toute sincérité. « Ne jamais avoir honte de ce que je suis », tel est le grand principe pour être vrai avec moi-même et vivre heureux avec l’autre.

 Vivre avec le « monde chez toi », c’est le témoignage de la  foi

Aller à la rencontre de l’autre est un témoignage de la foi.  Pour cela, il faut dissocier sa propre culture pour la mettre en osmose avec celle des autres. Il s’agit de ne pas gommer les différences, mais d’en être curieux (l’engouement de mes étudiants à l’IPT). C’est ainsi que nous sommes appelés à vivre la rencontre dans l’Eglise locale en favorisant dialogue et solidarité entre les individus.
  Frères et sœurs en Christ, sachons que nos paroisses, nos communautés, les groupes que nous représentons sont comme des « îlots de refuge », dans un océan de fragilités et d’hostilités. Si elles ne sont pas bien évidemment des refuges absolus, elles sont des lieux d’hospitalité et de stabilité dans un monde devenu « indifférent ». Nos communautés, nos paroisses, nos groupes ont une carte à jouer dans cette hospitalité personnelle et communautaire. Aujourd’hui, nos églises n’ont qu’une seule mission : accepter les différences et unifier les ressemblances pour s’entendre sur une culture commune. Pour cela, nous avons besoin de communiquer, échanger, partager, accepter que l’autre n’est pas moi, que je suis pas lui, mais nous devons nous accueillir.  C’est le témoignage de la foi.


Conclusion

Aujourd’hui, nous sommes invités à repenser notre manière de vivre ensemble et de faire société, au niveau local et au niveau international. Car, au sein de ce monde qui cherche comment vivre la diversité culturelle, l’Eglise a sûrement quelque chose à signifier et à communiquer. L’appel vient de l’intérieur même de l’Eglise et de la société. 
Et cela ne doit pas rester un voeu pieux teinté d’exotisme et de condescendance, nous devons concevoir l’autre dans sa différence et le respecter. Cela demande de bien se connaître, d’être capable de se remettre en question et mettre ses jugements de valeur de côté pour percevoir ce qu’il y a de commun chez nous tous. Qu’il s’agisse de différences culturelles, ethniques, sociales, familiales, c’est cette diversité qui rend les choses certes pas faciles mais aussi passionnantes qu’enrichissantes.  Car, comme Montaigne l’a dit : « Il n’y a qu’une erreur dans ce monde : vouloir enfermer la diversité du monde dans des doctrines et des systèmes »

  AMEN !


Prof. Jimi ZACKA
Théologien, Anthropologue

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mercredi 15 août 2012

UN REGARD SUR LA LECTURE DE L'APOCALYPSE DANS L'AFRIQUE CONTEMPORAINE ( Dr Jimi ZACKA)


Introduction  

La lecture de la Bible en Afrique est marquée par un double souci : celui d’établir un lien entre la « Parole de Dieu » et le vécu africain et celui de la lire afin d’en tirer suffisamment profit dans l’espoir de survivre dans l’au-delà. Ce qui vaut pour la Bible vaut pour l’Apocalypse johannique. La lecture de l’Apocalypse en contexte africain prend souvent appui sur les circonstances de l’existence. En d’autres termes, le contexte culturel, politique et socio-économique de l’Afrique amène souvent le lecteur africain à privilégier des thèmes inhérents à ses attentes au sujet de la vie ou de la mort. Ce souci existentiel est la marque de la lecture de l’Apocalypse en Afrique. 
On s’en doute, les grilles de lecture de l’Apocalypse sont nombreuses. Nous n’en retiendrons que quelques-unes. Dans un premier temps, nous évoquerons la manière dont l’Apocalypse johannique fait l’objet d’une pluralité de lectures. Nous mettrons l’accent sur deux lectures : celle du déterminisme et celle de l’articulation entre rapport au monde et attente de la délivrance. Dans un second temps, nous analyserons certains motifs de lecture de l’Apocalypse où sont repérables quelques thèmes théologiques essentiels pour la culture africaine : sa dimension prophétique et son message d’espérance.  
1.          L’Apocalypse, une lecture plurielle

La lecture africaine de l’Apocalypse de Jean se décline au pluriel. Cela est lié, d’une part à la multiplicité d’interprétations que l’on trouve au niveau contextuel, d’autre part aux différentes écoles d’interprétation selon les options doctrinales des églises. Nous évoquerons à titre d’exemples deux façons de lire l’Apocalypse johannique, réminiscences de l’héritage missionnaire. 
L’Apocalypse est souvent lu dans une attitude de fatalisme et de passivité. La façon dont l’Apocalypse présente le jugement des nations, la victoire de Dieu sur les puissances du mal, la venue du Christ, le jugement dernier (Ap 20) conduit le chrétien africain à considérer tous les drames vécus en Afrique comme ayant été prévus en tant que signes avant-coureurs de la fin des temps. Pour paraphraser l’évangile, « il y aura des guerres, des famines, des épidémies et autres désastres », l’Eglise sera persécutée par des puissances mondiales qui feront des chrétiens des martyrs. Ainsi, censés vivre actuellement la fin du monde, attendant simplement le retour de Jésus qui inaugurera le glorieux règne final (Ap 7,16-17) et une période de mille ans où Satan sera lié (Ap 20,1-5), le chrétien se voit dans une situation où presque rien de son existence ne peut être modifié. Ce qui est fait est fait. Il ressort, de cette lecture, que Dieu a déjà écrit l’Histoire : quoi qu’il arrive, son plan est sûr, on peut lui faire confiance.
 De cette manière de lire l’Apocalypse découle la compréhension du problème du mal et particulièrement du mal subi. Dieu nous enjoint de ne pas nous venger, mais de remettre la vengeance entre ses mains. Tel est le leitmotiv de la plupart des chrétiens africains. Car, le cri des victimes est entendu, leur dignité sera rétablie, leur exigence de réparation sera satisfaite par un effet de mémoire de Dieu. C’est dire que l’intégralité de notre vécu est enregistrée et conservée de manière infaillible dans l’attente du jugement de Dieu. Ainsi, Dieu ne laisse rien se perdre de ce qui nous concerne. C’est donc à Dieu de juger notre vécu dans le présent et dans le futur, après la mort terrestre. C’est ce qui apparaît dans la vision d’Apocalypse 20 sous la figure du « livre de vie ». Par le « livre de vie », la porte du salut est ouverte en permanence pour tous ceux qui prennent conscience de leur mauvaise conduite et changent de comportement. 

Le chrétien africain se sent à l’aise dans cette grille de lecture. Pour lui, le  « livre de vie »  où se trouve noté tout ce qui lui est arrivé traduit que Dieu lui fera justice, le consolera et reconnaîtra sa personne et ses droits. C’est pourquoi, d’ailleurs, dans une situation victimes/coupables, abusés/abuseurs, l’homme africain s’oblige à se remettre entre les mains de Dieu par l’évocation de la formule : « Ca ne fait rien. Dieu est Grand ! » ou « Dieu existe ». Cette formule imprécatoire n’est pas destinée à louer la grandeur divine, ni à confirmer son existence, mais plutôt à faire appel au jugement du Dieu vengeur afin que celui qui fait le mal soit puni. C’est dire que le message « Prends garde ! Dieu te demandera compte de ta vie » est la pointe de ce qui se révèle dans les « livres ouverts » en Ap 20,12-13. De même, le jugement de chacun « selon ses œuvres » en Ap14,13 évoque ce Dieu qui convoquera chacun dans un face à face où il s’intéressera personnellement à nos actions. Du coup, la perspective du jugement général s’estompe au profit du jugement de chacun « selon ses œuvres » (kata ta erga autôn).
L’Apocalypse est ainsi souvent interprétée selon l’idée que notre conduite sur terre détermine notre destin après la mort, que cela soit une punition ou une récompense. Les récompenses pour ceux qui triomphent, ne sont-elles pas décrites à la fin de chacune des lettres aux sept églises, tandis que les punitions pour les lâches sont décrites dans 21,8 ? Devant le grand trône blanc, les morts ne sont-ils pas jugés selon leur conduite ? En 22,12, Jésus, annonçant Son retour proche, ne proclame-t-il pas : « j’apporte avec moi le salaire que je vais payer à chacun, en proportion de son travail. » ?  Dans l’introduction à la plupart des lettres aux sept églises, Jean n’annonce-t-il pas : « Je connais ta conduite ». En 2,23, ne déclare-t-il pas à l’église de Thyatire qu’il payera chacun selon ses œuvres ? Il s’ensuit que, pour les chrétiens africains qui lisent l’Apocalypse, notre deuxième vie sera décidée en fonction de notre conduite pendant notre vie sur terre.  Il y a cependant là, du point de vue de la théologie chrétienne, une question de fond et il est indispensable de lire attentivement le texte de l’Apocalypse. Ainsi, par exemple, en Ap 14,13, ce sont « ceux qui meurent dans le Seigneur » qui se « reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent ». C’est l’expression « dans le Seigneur » qui est centrale. C’est cet « être avec le Christ » qui rend fructueuses les « œuvres » du croyant et ainsi donne l’espérance du Royaume, et non pas le contraire : ce n’est pas notre conduite ici-bas qui conditionne notre futur dans l’au-delà, c’est notre relation de foi au Christ ! Il y a sans doute là une réorientation théologique à opérer… et elle ne concerne d’ailleurs pas que les chrétiens africains !

2.    L’Apocalypse, un message prophétique et d’espérance

Dans un second temps, l’Apocalypse est considéré comme un message prophétique et d’espérance. Comme nous l’avons déjà noté, même si l’Apocalypse johannique se lit comme un livre de jugement où Christ se révèle comme juge de l’Eglise et du monde, à cela se rattache aussi un autre élément important : l’Apocalypse est un livre prophétique. D’ailleurs, comme livre prophétique, Richard Bauckham note avec raison que « l’Esprit joue un rôle  essentiel dans l’activité divine pour établir le royaume de Dieu dans le monde »[1]. En effet,  l’activité de l’Esprit par l’intermédiaire des prophètes chrétiens à l’intérieur des Eglises révèle une autre dimension théologique : l’espérance. En fait, la victoire du Christ sur la mort et sur le mal est signe d’une réelle espérance pour les hommes et les femmes d’Afrique aujourd’hui. En faisant « toutes choses nouvelles », Christ mettra fin à la mort, aux larmes, aux détresses (21,4). Mais il est aussi écrit que la vie a le dernier mot de l’histoire : « je te donnerai la vie comme prix de ta victoire » (2,10).  
C’est dire que la sotériologie de l’Apocalypse constitue ainsi le socle d’espérance de tout chrétien africain. Cette espérance est souvent motivée par la notion de promesse. Si Dieu est bon et s’il ne change jamais son attitude ni ne nous délaisse, alors, quelles que soient les difficultés — le monde tel que nous le voyons est tellement loin de la justice, de la paix, de la solidarité et de la compassion — pour les croyants africains ce n’est pas une situation définitive. Dans leur foi en Dieu, les africains puisent l’attente d’un monde selon la volonté de Dieu ou, autrement dit, selon son amour. Car, pour l’homme africain, une promesse est une réalité dynamique qui ouvre des possibilités nouvelles dans la vie nouvelle. Cette promesse regarde vers l’avenir, mais elle s’enracine aussi dans une relation avec Dieu qui nous parle ici et maintenant, qui nous appelle à faire des choix concrets dans notre vie. Les semences de l’avenir se trouvent dans une relation présente avec Dieu. Du coup, l’espérance chrétienne ne signifie pas, pour un chrétien africain,  une vie dans les nuages, le rêve d’un monde meilleur. Elle n’est pas une simple projection de ce que nous voudrions être ou faire. Elle nous porte à voir les semences de ce monde nouveau déjà présentes aujourd’hui, à cause de l’identité de notre Dieu, à cause de la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Cette espérance est en plus une source d’énergie pour vivre autrement, pour ne pas suivre les valeurs d’une société fondée sur le désir de possession et de compétition
À cet égard, si l’engouement des chrétiens africains pour la lecture de l’Apocalypse trouve sa raison d’être dans l’impression d’une compatibilité avec leur culture, leurs croyances religieuses et leur imaginaire, il est peut-être temps de prendre conscience que l’Apocalypse porte aussi un regard critique sur cette culture, ces croyances et cet imaginaire, comme elle le porte sur la culture, les croyances et l’imaginaire du chrétien occidental[2]. C’est à ce prix que la lecture de l’Apocalypse sera pour le croyant, africain — mais pas seulement pour lui ! — un moyen de découvrir l’aventure de Dieu dans l’histoire des hommes, aventure d’hier, d’aujourd’hui et de demain.   

 Dr Jimi ZACKA

Exégète, Anthropologue

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Source : Publié dans la Revue Protestante Foi & Vie n°3 Octobre 2012

https://www.foi-et-vie.fr/archive/byauthor.php?author=Zacka,%20Jimi

[1] R. Bauckham, La théologie de l’Apocalypse, Paris, Cerf, 2006, p. 127.
[2] Sur ce point, cf. E. Cuvillier, « Jean de Patmos, prophète de la fin d’un monde », dans Jacques Vermeylen éd., Les prophètes de la Bible et la fin des temps, Paris, Cerf, 2010, p. 257-272.